Note sur des crustacés décapodes du Rupélien de Gaas (Landes, France) avec description d’un nouveau crabe (Brachyura: Leucosiidae)
Abstract
Un nouvel assemblage de décapodes du Rupélien (Oligocène inférieur) du Bassin aquitain recueilli dans les affleurements de Gaas (Landes, France) est décrit ici pour la première fois. Malgré la nature fragmentaire des restes, au moins six taxons différents ont été reconnus au niveau familial ou générique. Parmi eux, des restes d’Oligosella (Alpheidae) ont été identifiés et pourraient représenter le plus ancien enregistrement de cette famille. Une carapace bien conservée a permis de décrire un nouveau crabe Leucosiidae : Aquitainotlos gaasensis nov. gen. et nov. sp. De plus, des restes de Derilambrus, Palaeocarpilius et Necronectes sont identifiés et décrits.
Full text
122 Cluzaud & Ossó et al. Nemus 12 (2022) 122 - 136. Rebut el 25.01.2022, acceptat el 05.04.2022 NEMUS revista de l’ateneu de natura Article Un nouvel assemblage de décapodes du Rupélien (Oligocène inférieur) du Bassin aquitain recueilli dans les affleurements de Gaas (Landes, France) est décrit ici pour la première fois. Malgré la nature fragmentaire des restes, au moins six taxons différents ont été reconnus au niveau familial ou générique. Parmi eux, des restes d’Oligosella (Alpheidae) ont été identifiés et pourraient représenter le plus ancien enregistrement de cette famille. Une carapace bien conservée a permis de décrire un nouveau crabe Leucosiidae : Aquitainotlos gaasensis nov. gen. et nov. sp. De plus, des restes de Derilambrus, Palaeocarpilius et Necronectes sont identifiés et décrits. Mots-clefs : Bassin d’Aquitaine, Oligocène, Alpheidae, Eubrachyura, Leucosioidea, Portunoidea. On the decapod crustaceans of the Rupelian of Gaas (Landes, France) and description of a new crab (Brachyura: Leucosiidae) A new decapod assemblage, from the Rupelian (early Oligocene) of the Aquitanian basin recovered in the outcrops of Gaas (Landes, France) is reported herein for the first time. Despite the fragmentary nature of the remains, at least six different taxa have been recognized at familial or generic level. Among them, the remains of Oligosella (Alpheidae) have been identified and these might represent the oldest record for the genus. A well-preserved carapace has allowed a new Leucosiidae crab to be described: Aquitainotlos gaasensis nov. gen. and nov. sp. The remains of Derilambrus, Palaeocarpilius, and Necronectes are also identified and described. Keywords: Aquitaine Basin, Oligocene, Alpheidae, Eubrachyura, Leucosioidea, Portunoidea. Note sur des crustacés décapodes du Rupélien de Gaas (Landes, France) avec description d’un nouveau crabe (Brachyura : Leucosiidae) Alain Cluzaud1 & Àlex Ossó2* 1. 1 Rue des hortensias, appt. 1197 33600 Pessac, France ; [email protected] 2. Llorenç de Villalonga, 17B, 1-1 43007 Tarragona, Catalonia ; [email protected]at *Auteur correspondant. Malgré un contexte géologique et paléontologique très étudié et une littérature historique et récente, extrêmement abondante, qui aborde, entre autres, presque tous les groupes d’organismes fossiles présents dans les formations du Rupélien de Gaas (Landes), les crustacés décapodes semblent ne pas avoir été considérés. L’attention des anciens auteurs pour les crabes fossiles d’Aquitaine s’est portée essentiellement sur ceux de l’Eocène de la Chalosse (Marnes à Zanthopsis dufourii) au centre du bassin et ceux du Nummulitique des falaises de Biarritz au sud (ex. : Bouillé, 1880 ; Boussac, 1911). Pour l’Oligocène d’Aquitaine, on peut néanmoins citer des auteurs qui ont décrit un certain nombre d’espèces, par exemple : Palaeocarpilius aquitanicus en Gironde (A. Milne-Edwards, 1862), Ranina granulata, R. bouilleana, et Galenopsis depressus des environs de Biarritz (A. Milne-Edwards, 1872) et Necronectes vidalianus, Portunus (comme Neptunus) gallicus, Coeloma granulosum, Ranina aculeata (A. Milne-Edwards, 1881). Aussi, V. Van Straelen (1939) décrit Portunus (comme Neptunus) regulensis du “ Calcaire à Astéries ” de La Réole (Gironde). Plus récemment, lors de la révision de la collection J.-M. Rémy, conservée au Muséum national d’Histoire naturelle à Paris, Schweitzer & Feldmann (2010) ont décrit quelques espèces nouvelles sur du matériel provenant du Rupélien de Monségur (Gironde). Une intéressante faunule de crustacés décapodes, recueillie par l’un des auteurs (AC) parmi des
123 Crustacés décapodes du Rupélien de Gaas (Landes, France) Cluzaud & Ossó et al. Nemus 12 (2022) 122 - 136. Rebut el 25.01.2022, acceptat el 05.04.2022 mollusques des gisements rupéliens de la commune de Gaas (Landes) (Fig. 1), est rapportée ici pour la première fois. Bien que l’état des restes étudiés soit fragmentaire, certains taxons ont pu être reconnus au niveau générique. La carapace d’un leucosiidé, extraordinairement bien conservée, peut être décrite comme nouveau genre et nouvelle espèce. Tous les spécimens étudiés sont déposés au Muséum d’Histoire naturelle de Bordeaux (France), sous l’acronyme MHNBx. FIGURE 1. Carte de la situation géographique des trois gisements de Gaas (Landes) et photographies des sites d’Espibos et de Lagouarde (A-D). (Photos par A. Cluzaud) Geographical location map of the three Gaas sites (Landes) and photographs of the Espibos and Lagouarde outcrops (A-D). (Pictures by A. Cluzaud).
124 Cluzaud & Ossó Nemus 12 (2022) 122 - 136 Matériel et méthode Les spécimens étudiés proviennent d’une seule localité du bassin d’Aquitaine située dans le département des Landes (France) (Fig. 1) et d’une seule collection (AC). C’est sur la commune de Gaas, petit village en bordure ouest de la Chalosse du pays d’Orthe et Arrigans que se trouvent les gisements d’Espibos, de Lagouarde, de Larrat et de Tartas, qui ont livré les faunes les plus riches du Rupélien local dans une conservation exceptionnelle. Ce matériel a été récolté lors des fouilles effectuées par l’un d’entre nous (AC), dans trois gisements différents appartenant à la famille Camiade qui autorise, depuis le XIXe siècle, la collecte de fossiles sur sa propriété du Bois de Lesbarritz. Des recherches approfondies et méthodiques – encouragées et soutenues par les propriétaires – ont permis de récolter un important matériel de référence pour cette époque et de favoriser l’étude de ces faunes fossiles qui enrichissent les connaissances et valorisent le patrimoine géologique. Les restes de décapodes sont relativement peu abondants. La macrofaune a été recueillie sur place par tamisage calibré des sédiments. La microfaune n’a pu être récoltée en bon état de conservation que par extraction des sédiments de remplissage post-mortem des coquilles de gastéropodes benthiques. Les organismes fragiles ont été ainsi protégés des influences chimiques et mécaniques. Les fossiles de petite taille et moyenne ont aussi été préservés : c’est ainsi qu’Aquitainotlos gaasensis nov. gen. et nov. sp. a pu être conservé intact à l’intérieur d’une coquille d’Ampullinopsis crassatina (Lamark, 1804). A Gaas, les coquilles de grande tailles complètes, cassées ou fragmentées par prédation endémique sont extrêmement nombreuses. Le Strombidae, Oosstrombus auricularius (Grateloup, 1834) et des Ampullospiridae, Ampullinopsis crassatina et Crommium angustatum (Grateloup, 1828) ont été systématiquement récoltés et vidés de leur contenu. Un lavage, un séchage et un calibrage fin (jusqu’à 0.05 mm) de ce sédiment a été effectué pour trier et isoler sous loupe binoculaire les différentes espèces d’organismes fossiles. A noter que cette technique fastidieuse est peu mise en œuvre par les collectionneurs locaux qui prêtent un intérêt relatif aux très petites espèces. Néanmoins cette pratique n’est pas nouvelle : Dutertre (1921 : 193) a rappelé aux amateurs, tout l’intérêt de récolter les grosses coquilles pour en extraire le sédiment afin d’obtenir des petites espèces fragiles en bon état. Contexte géologique et présentation des sites Largement ouvert sur l’Atlantique et le golfe de Gascogne, le Bassin aquitain s’étend comme un vaste plateau continental délimité au nord par les massifs armoricain et vendéen, au sud par la chaîne des Pyrénées et à l’est par le Massif central et la Montagne Noire. Depuis le Trias, ce bassin s’est comblé de sédiments issus principalement de l’érosion des reliefs environnants et d’une importante sédimentation marine, riche en organismes fossiles diversifiés, qui s’achèvera en Aquitaine au Miocène moyen à la fin du Serravallien. Le Pliocène marin très peu invasif en Aquitaine marquera le retrait définitif de la mer. Ce bassin a subi une activité tectonique assez importante liée à l’affrontement des plaques tectoniques Afrique-Eurasie et à l’émergence des Pyrénées. Il est composé de trois grandes unités structurales, la région nord-aquitaine, la région centre-aquitaine et la région sud-aquitaine (ex. https:// sigesaqi.brgm.fr/-Histoire-geologique-du-Bassin-Aquitain-.html). Au sud, les grandes phases orogéniques tertiaires des Pyrénées ont été suivies au Rupélien supérieur par une nouvelle phase de compression. Un climat de type subtropical à tropical a contribué à la formation de récifs coralliens et des formations hermatypiques sont présentes au nord et au sud du Bassin (ex. Cahuzac & Janssen, 2010). Le Rupélien nettement transgressif (Fig. 2) a recouvert toute la partie nord de l’Aquitaine de dépôts bioclastiques connus sous le nom de “ Calcaire à Astéries “. Principale ressource comme pierre de taille, il fut exploité probablement depuis l’Antiquité avec un développement très important au XVIIIe siècle pour la construction d’ouvrages et d’édifices dans le Bordelais (ex. Deroin, 2004). Au sud, le Rupélien se retrouve dans les Landes avec des faciès de calcaires, de faluns (dépôt marin bioclastique friable, parfois partiellement consolidé, à matrice sableuse ou argilo-sableuse) et de marnes. Les terrains sédimentaires de Gaas se sont déposés dans un petit golfe oligocène situé au sein d’un synclinal de Gaas, limité au nord par l’anticlinal de Tercis et au sud par la ride de Biarrotte.
125 Crustacés décapodes du Rupélien de Gaas (Landes, France) Ces terrains, remarquables par leur richesse en mollusques, sont connus depuis le XVIIIe siècle. Un grand nombre d’auteurs ont contribués au cours du temps à la connaissance géologique, stratigraphique et paléontologique de Gaas. Parmi les plus importants on peut citer : De Basterot (1825), Grateloup (18451847), Raulin & Delbos (1855), d’Orbigny (1852), Tournouër (1863, 1882a, 1882b), Reuss (1869), Raulin (1896, 1897), Vignal (1898), Priem (1914), Canu (1916), Benoist (1884), Cossmann (1921), Magne (1937), Daguin (1938, 1948), Chevallier (1955), A.-M. Vergneau-Saubade (1959, 1963, 1966, 1968), A. Poignant (1967), Magne & Vergneau-Saubade (1971, 1972) et Yassini (1969). Par la suite, Janssen (1979), Lozouet (1985, 1997, 2011, 2015), Lozouet & Maestrati (1982), Janssen (1985, 2010), Lesport et al. (2015), Dell’Angello et al. (2018, 2020) ont actualisé la nomenclature des mollusques de Gaas et ont complété les connaissances sur cette faune exceptionnelle de mollusques de l’Oligocène de Gaas par la description de nombreuses espèces nouvelles. Les gisements sont situés et alignés sur le flanc gauche du vallon du ruisseau de Jouanin (g1-2 sur la carte géologique de Dax) (cf. Fig. 1) formant une “ bande “ de terrains rupéliens sub-affleurants Sud/ Nord sur seulement 2,5 km de long environ et au maximum sur moins de 500 mètres de large. Ils présentent des faciès différents et les niveaux infralittoraux sont constitués par des faluns plus ou moins argileux ou par des argiles bioclastiques, des marnes plus ou moins sableuses et des calcaires au nord de cet alignement. Les sédiments marneux très riches en mollusques se sont déposés dans des milieux calmes (Larrat/Tartas) et d’autres dans des milieux récifaux ou péri-récifaux (Espibos/Lagouarde). Certains terrains ont été autrefois très exploités pour différentes ressources minérales (sables, argiles, marnes, ou pierres), facilitant les observations géologiques et le prélèvement de nombreux fossiles (ex. Daguin, 1948 ; Lesport et al., 2015). Pour ce travail, ne seront traités que les restes de décapodes provenant des niveaux “ faluniens “ de trois gisements assez synchrones situés dans le Bois de Lesbarritz. Le gisement d’Espibos est situé le plus au sud et celui de Lagouarde à environ 600 mètres vers le nord-est. Ces deux gisements sont des affleurements historiques, et celui d’Espibos est totalement enseveli à ce jour (Fig. 1B). Un troisième moins connu est situé dans un petit talweg proche du gisement de Lagouarde. Le niveau d’Espibos, d’où provient le matériel étudié, est composé d’un falun marneux, sablo-argileux, de couleur gris-bleu (Fig. 1A). Ce dépôt, très riche en organismes marins, de 0,30 m d’épaisseur en moyenne, repose sur un substrat d’argiles bleues compactes où abonde en particulier Crommium angustatum. Le falun est surmonté par un sable légèrement argileux, gris-bleu également, très fossilifère, d’une épaisseur pouvant atteindre au maximum 1,5 m. Il contient des mollusques principalement de plus petites tailles mais dans sa partie supérieure, néanmoins on y trouve fréquemment Ampullinopsis crassatina (gros gastéropode). Latéralement, on a pu observer des marnes assez compactes toujours très riches en Crommium, avec des lits ligniteux en place intercalés, contenant en quantité des huîtres Ostrea et des Potamididae. La présence de ces derniers dans le falun où la faune marine côtière est largement dominante atteste de la proximité d’un rivage. De plus, l’abondance de Muricidae, de Strombidae, des genres Cassis, Melongena, et Cypraea, par exemple, la faune de coraux, de bryozoaires, et la FIGURE 2. Carte paléogéographique du Bassin d’Aquitaine au Rupélien : limites schématiques d’extension maximale du domaine marin. Paleogeographic map of the Aquitaine Basin in the Rupelian: schematic limits of the maximum extension of the marine domain.
126 Cluzaud & Ossó Nemus 12 (2022) 122 - 136 présence de foraminifères (nummulites) sont l’indice d’une faible bathymétrie. Le second affleurement est situé à proximité du château de Lagouarde. Ce gisement, ou un autre proche de l’affleurement actuel, fut découvert en 1885 par son propriétaire H. Camiade (Du Boucher, 1885). Le falun marno-sableux, beige à gris-bleu, d’une épaisseur de 1,10 m est protégé par une dalle très dure de calcaire gréseux beige clair, de 0.50 m à 0.80 m d’épaisseur. Il repose sur un substrat dur à nodules calcaires. Sur 0,25 à 0,30 m d’épaisseur, la base de ce falun est également très riche en macrofaune passant graduellement vers le haut à des sables argileux compacts, un filet de sable à nodules puis à un sable calcaire grésifié coquillier surmonté d’un lit de sable fin beige clair en contact avec la dalle (Fig. 1C). Aujourd’hui, cet affleurement est partiellement enfoui et envahi par une végétation très dense qui ne permet plus d’observations. L’affleurement du talweg de Lagouarde a fait l’objet de moins d’investigations car il est d’accès difficile, peu visible et sans trace dans la littérature. La moindre conservation des fossiles est essentiellement due à des altérations et des indurations diagenétique. La macrofaune de mollusques est néanmoins assez similaire à celle d’Espibos et de Lagouarde. Cet affleurement semble assez limité, il est visible sur le flanc gauche du petit ru qui coule localement sur un niveau très dur et compact de sables bioclastiques gris-bleu très clair. La série de sable coquillier est continue, prenant des teintes jaune-beige à ocracées liées aux oxydations des eaux de ruissellement. Au sommet, localement, sous la terre végétale on distingue une accumulation plus grossière, plus ou moins grésifiée, de fossiles de tailles moyennes. La puissance maximum de la coupe visible est supérieure à 2 m (Fig. 1D). Dans les trois niveaux de gisements du Bois de Lesbarritz, les nombreux coraux associés aux mollusques témoignent de conditions récifales environnantes qui régnaient alors. Steurbaut (1984) le confirme par la présence de poissons corallophyles, exclusivement côtiers. L’âge estimé d’Espibos et de Lagouarde par datation isotopique du strontium (Sr) est de 31,6 Ma en corrélation avec la Zone 15 des ptéropodes (Cahuzac & Janssen, 2010) et la zone SBZ21 des grands foraminifères néritiques (Cahuzac & Poignant, 1997). Résultats Systématique paléontologique (Àlex Ossó & Alain Cluzaud) Ordre DECAPODA Latreille, 1802 Infraordre CARIDEA Dana 1852 Superfamille ALPHEOIDEA Rafinesque, 1815 Famille ALPHEIDAE Rafinesque, 1815 Genre Oligosella Ciampaglio & Weaver, 2008 Espèce type : Oligosella longi Ciampaglio & Weaver, 2008, par désignation originale. Oligosella sp. Fig. 3A-C Matériel examiné : 9 spécimens (extrémités de dactyles) de taille similaire ; trois ont été mesurés et figurés. A : MHNBx 2021.29.2, longueur = 3,4 mm ; hauteur = 3 mm. B : MHNBx 2021.29.3, longueur = 2,64 mm ; hauteur = 2,5 mm. C : MHNBx 2021.29.4, longueur = 3 mm ; hauteur = 4,77 mm. Niveau stratigraphique : Faluns de Gaas, Rupélien (Oligocène inférieur). Localité : Gaas Lagouarde. Description : Extrémité de dactyle triangulaire, massif, crochu, surface lisse ; bord supérieur arrondi, très incurvé vers le bas ; bord inférieur légèrement concave distalement ; une ligne de pores (pour les soies) longe les deux côtés du bord supérieur. Remarques : En se basant sur le travail d’Hyžný et al. (2017), ces extrémités de dactyles peuvent être attribuées avec certitude à des alphéidés. Elles étaient auparavant attribuées à des restes de céphalopodes (Ciampaglio & Weaver, 2008). Les échantillons étudiés semblent presque identiques à ceux d’Oligosella longi décrits et figurés par Ciampaglio & Weaver (2008, fig. 6A, C, D) comme appartenant à des coléoïdés. L’attribution générique de nos spécimens à l’alphéide Oligosella semble appropriée ; des travaux complémentaires à venir permettront de définir l’espèce. Selon Hyžný et al. (2017), le plus ancien enregistrement des alpheidés date de l’Oligocène supérieur (Chattien) d’Alabama (États-Unis). Par conséquent, les spécimens du Rupélien de Gaas Lagouarde représentent les plus anciens aplheidés connus à ce jour.
127 Crustacés décapodes du Rupélien de Gaas (Landes, France) Infra-ordre BRACHYURA Latreille, 1802 Section HETEROTREMATA Guinot, 1977 Superfamille CARPILIOIDEA Ortmann, 1893 Famille CARPILIIDAE Ortmann, 1893 Genre Palaeocarpilius A. Milne-Edwards, 1862 Espèce type : Cancer macrochelus Desmarest, 1822, par désignation subséquente de Glaessner (1929 : 291). Palaeocarpilius sp. Fig. 3D-H Matériel examiné : 11 spécimens, dont quatre ont été mesurés et figurés, un chélipède avec carpe et propode, et trois dactyles mobiles. D : MHNBx 2021.29.5, longueur = 35 mm ; hauteur = 14 mm. E, G : MHNBx 2021.29.6, longueur = 61,5 mm ; hauteur = 26,5 mm. F : MHNBx 2021.29.7, longueur = 27,5 mm ; hauteur = 12 mm. H : MHNBx 2021.29.8, longueur = 33,5 mm ; hauteur = 22 mm. Niveau stratigraphique : Faluns de Gaas, Rupélien (Oligocène inférieur). Localité : Gaas Lagouarde Bois de Lesbarritz-Talweg. Description : Carpe robuste, à surface lisse, face supérieure triangulaire arrondie, dent émoussée à FIGURE 3 : A-C : Oligosella sp. du Rupélien de Gaas Lagouarde. A : extrémité de dactyle MHNBx 2021.29.2 ; B : extrémité de dactyle MHNBx 2021.29.3 ; C : extrémité de dactyle MHNBx 2021.29.4. D-H: Palaeocarpilius sp. du Rupélien de Gaas Lagouarde Bois de Lesbarritz-Talweg. D : dactyle mobile MHNBx 2021.29.5 ; E, G : carpe et propode MHNBx 2021.29.6 ; F : dactyle MHNBx 2021.29.7 ; H : dactyle MHNBx 2021.29.8. (Barre d’échelle pour A-C = 1 mm ; pour D-H = 10 mm). (Photos par À. Ossó) A-C: Oligosella sp. from the Rupelian of Gaas Lagouarde. A: tip of dactylus MHNBx 2021.29.2; B: tip of dactylus MHNBx 2021.29.3; C: tip of dactylus MHNBx 2021.29.4. D-H: Palaeocarpilius sp. from the Rupelian of Gaas Lagouarde Bois de Lesbarritz-Talweg. D: tip of dactylus MHNBx 2021.29.5; E, G: carpus and propodus MHNBx 2021.29.6; F: tip of dactylus MHNBx 2021.29.7; H: tip of dactylus MHNBx 2021.29.8. (Scale bar for A-C = 1 mm; for D-H = 10 mm). (Pictures by À. Ossó) A HG F E DCB
128 Cluzaud & Ossó Nemus 12 (2022) 122 - 136 l’angle interne ; paume du propode trapézoïdale, plus longue que haute, plus haute distalement, surface lisse, bord supérieur incomplet, montrant quelques grandes dents émoussées ; doigt mobile très robuste, court, très incurvé vers le bas, bord occlusal avec une grosse dent proximale aplatie suivie d’une deuxième égale mais plus petite, pointe incurvée. Remarques : L’attribution du chélipède et des dactyles de Gaas Lagouarde Bois de Lesbarritz-Talweg au genre Palaeocarpilius est confirmée par leur forme générale, leur robustesse, leur courbure, la forme des dents des dactyles et les grosses dents sur le bord de la paume du propode (ex. : A. Milne-Edwards, 1862 ; Beschin & De Angeli, 2006). Il est probable que ces dactyles appartiennent à P. aquitanicus A. Milne-Edwards, 1862, carpiliidé de grande taille, décrit dans des niveaux équivalents du Rupélien, calcaire à Astéries de la Réole et présent dans d’autres localités de la Gironde (cf. A. Milne-Edwards, 1862 : 57, 58, pl. 1, fig. 1). Superfamille LEUCOSIOIDEA Samouelle, 1819 Famille LEUCOSIIDAE Samouelle, 1819 Sous-Famille EBALIINAE Stimpson, 1871 Genre Aquitainotlos gen. nov. Espèce type : Aquitainotlos gaasensis par monotypie. Genre masculin. Étymologie : Relative à l’Aquitaine et combinée à Tlos, ville de l’ancienne Lycie. Adams & White (1849) ont décrit un crustacé nouveau (Tlos muriger) en donnant au nouveau genre le nom de cette ville. Les auteurs suivants l’ont utilisé comme suffixe pour certains leucosiidés. Diagnose : Carapace petite, arrondie, subhexagonale, fortement voûtée dans les deux sens. Régions assez marquées. Cuticule densément recouverte de granules arrondis bolétiformes, qui à leur tour se resserrent pour former de grandes plaques et amas arrondis, presque circulaires, surélevés sur les régions renflées et les bords latéraux. Front très étroit, saillant, soulevé, bilobé avec une encoche médiane peu profonde. Orbites petites, dirigées vers l’avant, fermées latéralement par une dent orbitaire externe subtriangulaire. Angle hépatique avec plaque bien séparée du bord antérolatéral par une encoche. Bords antéro-latéraux ornés de quatre plaques. Bords postéro-latéraux avec une grande plaque au milieu. Bord postérieur arrondi. Région mésogastrique avec en arrière un amas de granules. Lobes protogastriques avec un amas de granules chacun. Région uro-gastrique définie par des granules arrondis bolétiformes. Région cardiaque fortement renflée, amas arrondi de granules. Région intestinale, étroite, déprimée. Région métabranchiale avec deux plaques bolétiformes proéminentes. Région sous-hépatique avec crête transversale proéminente densément granulée. Ptérygostome, carapace ventrale et pleurites abondamment granulés. Canal inhalant parallèle au bord interne du ptérygostome. Diagnosis : Carapace small, rounded subhexagonal, strongly vaulted in both senses. Regions fairly marked. Cuticle densely covered by boletiform rounded granules, which in turn tighten to form large, rounded, almost circular raised plates and clusters on the swollen areas and lateral margins. Front very narrow, protruded, upturned, bilobed with opened V-shaped notch. Orbits small, forward directed, closed laterally by subtriangular outer orbital tooth. Hepatic corner with plate, well separated from anterolateral margin with notch. Anterolateral margins ornamented with four. Posterolateral margins with one median large plate. Posterior margin rounded. Mesogastric region with a cluster of granules posteriorly. Protogastric lobes with a cluster of granules each. Urogastric region defined by boletiform rounded granules. Cardiac region strongly swollen, rounded cluster of granules. Intestinal region narrow, depressed. Metabranchial region with two prominent boletiform plates. Subhepatic region with prominent densely granulated transverse ridge. Pterygostome, ventral carapace and pleurites profusely granulated. Inhalant channel parallel to inner margin of pterygostome. Remarques : L’appartenance d’Aquitainotlos gen. nov. aux Leucosioidea est bien supportée par le profil caractéristique de la carapace, par la région céphalique très comprimée et par des éléments préservés du système respiratoire comme le canal inhalant. Compte tenu de sa similitude avec certains genres, Aquitainotlos gen. nov. peut être placé parmi les Leucosiidae, et plus précisément dans les Ebaliinae si l’on suit la liste de Ng et al. (2008: 89-94). En effet, Aquitainotlos gen. nov présente des similitudes avec certains genres fossiles et actuels placés dans Ebaliinae, surtout en ce qui concerne l’ornementation de granules bolétiformes de la carapace. Entre autres, Pterocarcinus Blow, 2003 du Pliocène de Virginia
129 Crustacés décapodes du Rupélien de Gaas (Landes, France) (USA) présente une ornementation avec granules bolétiformes très serrés ainsi qu’une plaque circulaire «mesa» sur la région cardiaque. Cependant il diffère d’Aquitainotlos gen. nov. par son profil octogonal et ses bords latéraux étendus en forme d’ailes (Blow, 2003 : 173-177, figs. 2-4). Merocryptus A. Milne-Edwards, 1873a, genre fossile (cf. De Angeli et al., 2010 : 155-157, fig. 8) et actuel (cf. A. Milne-Edwards, 1873a : 9, pl. 2, fig. 1), diffère d’Aquitainotlos gen. nov. par des extensions branchiales et par l’absence de plaques bolétiformes. Il en est de même avec Speloeophorus A. Milne-Edwards, 1865 (voir aussi Bell, 1855 : 434, pl. 33, fig. 8), Oreophorus Rüppell, 1830, ou Heterolithadia Alcock, 1896, lesquels ont une ornementation granulée, parfois coalescente, et également bolétiforme, mais ces derniers diffèrent d’Aquitainotlos gen. nov. par leur profil différent et surtout par l’absence de l’ensemble de plaques arrondies qui sont présentes chez le nouveau genre. En revanche, Orientotlos Sakai, 1980, montre une similitude avec le nouveau taxon, notamment par la surface dorsale couverte par des granules et aussi de plaques bolétiformes. Mais il en diffère par la granulation beaucoup moins serrée, la région cardiaque moins renflée et une grande plaque triangulaire dans la région intestinale (voir Ng & Chan, 2021). Par conséquent, l’érection d’un nouveau genre pour accueillir le nouveau taxon s’avère justifiée. Aquitainotlos gaasensis sp. nov. Fig. 4 FIGURE 4 : A-E: Aquitainotlos gaasensis gen. nov., sp. nov., holotype MHNBx 2021.29.1, du Rupélien de Gaas Espibos. A : vue dorsale ; B : vue frontale ; C : vue ventrale ; D : vue latérale droite ; E : vue latérale gauche. Abréviations, es : endostome ; ic : canal inhalant. (Barre d’échelle 5 mm).(Photos par À. Ossó). A-E: Aquitainotlos gaasensis gen. nov., sp. nov., holotype MHNBx 2021.29.1, from the Rupelian of Gaas Espibos. A: dorsal view; B: frontal view; C: ventral view; D: right lateral view; E: left lateral view. Abbreviations, es: endostome; ic: inhalant channel. (Scale bar = 5 mm). (Pictures by À. Ossó). A E D C B
130 Cluzaud & Ossó Nemus 12 (2022) 122 - 136 Diagnose : comme la diagnose du genre. Matériel examiné : Un seul échantillon, l’holotype, dont la carapace dorsale et une partie de la carapace ventrale ont été préservées. A-E MHNBx 2021.29.1, longueur = 10 mm ; largeur = 11,5 mm ; largeur fronto-orbitaire = 4 mm. Niveau stratigraphique : Faluns de Gaas, Rupélien (Oligocène inférieur). Localité type : Gaas Espibos. Étymologie : L’épithète spécifique fait référence à sa localité type (Gaas). Description : Carapace petite, au profil subhexagonal arrondi, fortement voûtée dans les deux sens. Régions assez marquées. Cuticule densément recouverte de granules arrondis bolétiformes à sommet aplati, se resserrant pour former de grandes plaques presque circulaires en forme de champignons aplatis, ainsi que des amas arrondis et surélevés sur les régions et le bord de la carapace. Front très étroit, saillant, soulevé, bilobé avec encoche médiane peu profonde. Orbites petites, profondes, dirigées vers l’avant, fermées latéralement par une dent orbitaire externe subtriangulaire ; bord orbitaire avec une entaille médiane. Angle hépatique avec plaque arrondie, bien séparé du bord antérolatéral par une encoche. Bords antéro-latéraux concaves en vue latérale, ornés de quatre plaques en guise de dents. Bords postéro-latéraux avec une grande plaque médiane en guise de dent. Bord postérieur arrondi avec de petites épines. Région mésogastrique avec en arrière un amas arrondi de granules. Lobes protogastriques avec un amas de granules chacun. Région uro-gastrique définie par des granules arrondis, bolétiformes, serrés mais non jointifs. Région cardiaque fortement enflée, couverte par un amas arrondi de granules coalescents. Région intestinale, étroite, déprimée entre la région cardiaque et les deux plaques proéminentes du bord postérieur. Région épibranchiale interne avec un amas arrondi de granules. Région mesobranchiale partiellement recouverte par la plaque médiale du bord postéro-latéral. Région métabranchiale avec deux plaques bolétiformes proéminentes dépassant du bord postérieur. Région sous-hépatique avec crête transversale proéminente densément granulée, formant un canal sous la dent orbitaire externe et l’angle hépatique. Ptérygostome, carapace ventrale et pleurites abondamment granulés. Canal inhalant parallèle au bord intérieur du ptérygostome. Discussion : La superfamille Leucosioidea est connue depuis l’Eocène dans le domaine de la Téthys, avec des genres appartenant aux Leucosiidae ou Folguerolesiidae Artal & Hyžný, 2016. Les membres de ces familles sont distribués au long de la Téthys pendant l’Eocène, comme Typilobus Stoliczka, 1871, qui est aussi présent dans l’Atlantique (Artal & Hyžný, 2016). Les occurrences de ces genres sont également connues au cours de l’Oligocène, comme par exemple Merocryptus altavillensis De Angeli et al., 2010. Mais c’est au cours du Néogène que cette superfamille connaît la plus grande expansion, qui s’étend jusqu’à nos jours. Le registre fossile montre une tendance à la dispersion vers l’Est, vers les eaux de l’Indopacifique, où le plus grand nombre d’espèces de ce groupe a été signalé (ex. Morris & Collins, 1991; Karasawa, 1993; Naderloo & Sari, 2005 ; Vega et al., 2010). Cependant, la découverte d’A. gaasensis nov. gen., nov. sp., dans l’Oligocène d’Aquitaine, ainsi que la présence de ce groupe dans Miocène d’Anjou-Touraine (Ossó et al., 2022), et au Néogène sur la côte Est de l’Amérique et des Caraïbes (ex. Collins & Morris, 1976 ; Luque et al., 2017), confirme que le groupe était bien établi des deux côtés de l’Atlantique. D’autres restes de leucosiidés indéterminés, sous forme de dactyles ou de fragments de carapace (Fig. 5A, B), sont également présents à Gaas. Superfamille PARTHENOPOIDEA MacLeay, 1838 Famile PARTHENOPIDAE MacLeay, 1838 Sous-Famille PARTHENOPINAE MacLeay, 1838 Genre Derilambrus Tan & Ng, 2007 Espèce type : Parthenope angulifrons Latreille, 1825 par désignation originale. Derilambrus sp. Fig. 5C-E Matériel examiné : 1 échantillon, propode gauche avec carpe. C-E, MHNBx 2021.29.9, longueur = 14,5 mm ; hauteur = 4 mm. Niveau stratigraphique : Faluns de Gaas, Rupélien (Oligocène inférieur). Localité : Gaas Espibos. Description : Propode très long, épineux, plus haut distalement, de section triangulaire avec bords dentelés et très aigus ; surface supérieure et surfaces latérales de la paume recouvertes de granules épineux