À propos des troncations de noms propres — les spécificités des mots onomastiques tronqués
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À propos des troncations de noms propres— les spécificités des mots onomastiques tronqués Radka Fridrichová (Hradec Králové) ABSTRACT This paper focuses on the current trend of using clipped or abbreviated proper names in contemporary French. Its aim is to describe the specific features of onomastics in the French language. The treatment is based on the author’sdoctoral thesis defended in 2012 at the Faculty of Arts of Palacký University in Olomouc, in which clipping was found to often affect proper names. This led to amore detailed and systematic analysis of clippings with ahigh frequency, proper names and surnames. In the French press, these words are often presented in aplayful manner. Journalists know how to play with proper names— not only with those of famous people, but also with various other names. It is therefore not only the need for brevity that may have created clipping but also the need for playfulness that might have motivated the birth of this phenomenon. KEY WORDS clipping, abbreviations, anthroponyms, toponyms, onomastics MOTS CLÉS troncation, abréviation, anthroponymes, toponymes, onomastique 1. INTRODUCTION Dans notre thèse de doctorat soutenue en 2012 au sein de la Faculté des Lettres à l’Université Palacký d’Olomouc en République tchèque portant sur la troncation dans le français contemporain, nous avons découvert que ce procédé, la troncation, affecte souvent les noms propres. Cette affirmation nous amenés à présenter cette particularité en détail et à analyser plus systématiquement la troncation des noms propres. Avant de se destiner aux noms propres issus de notre recherche, nous trouvons nécessaire de décrire l’ensemble de notre corpus, c’est-à-dire toutes les données analysées lors de notre étude doctorale. Cela permet une description plus générale du phénomène en question. En général, les mots qui naissent par troncation— «un phénomène qui procède par raccourcissement d’un mot […] » (Béchade, 1994, 70) qui concoure à la néologie lexicale (Arrivé, 1986, 17)— sont très présents dans le français moderne. Nous l’apercevons dans les ouvrages français traitant des troncats (ici, synonyme des mots tronqués cf. Gorcy, 2000, 179) qui nous ont servis de point de départ pour la compréhension globale de la problématique étudiée (cf. notamment, K.E.M George 1980, 1983; Cl. Groud et N. Serna 1996 ou F. Antoine 1993, 1998). Ces lexèmes ne se produisent pas seulement dans la langue parlée mais ils s’enracinent également dans la langue écrite. Ce fait aété prouvé pendant notre recherche
RADKA FRIDRICHOVá 35 doctorale qui puisse essentiellement dans des périodiques français d’aujourd’hui, c’est-à-dire dans le fonds écrit de la langue. Le corpus final constitué lors de cette recherche contient dans l’ensemble 590 mots (y compris les noms propres) formés par troncation suivie (ou non) par d’autres «procédés d’accompagnement» tels que le verlan ou la resuffixation. Cette recherche aété effectuée entre 2011 et 2012, et les périodiques analysés proviennent également de cette datation. Nous avons commencé cette démarche au mois de janvier 2011 et ce processus aété achevé au mois de mars 2012. Au total, 200 volumes (8 titres) de périodiques de domaines différents ont été soumis à notre étude (cf. Fridrichová, 2012, 119). Ils sont présentés comme il suit avec leurs abréviations employées pour les citations avec des exemples concrets: Le Nouvel Observateur (NO), L’Express (EX), Cosmopolitan (CO), Marie France (MF), Elle (L), 20 Minutes (20M), À Nous Paris (ANP) et Les Inrockuptibles (INR). Il s’agit des magazines/journaux dont les lecteurs ciblés sont très variés. Cela nous apermis d’avoir un échantillon et un lexique plus diversifiés et plus complexes. En revanche, nous n’avons pas tenté d’étudier les rapports entre les troncations et chaque périodique analysé. 2. LA TRONCATION DANS L’ENSEMBLE DU CORPUS ÉTUDIÉ Lors de notre recherche doctorale, nous avons abordé plusieurs questions caractéristiques de la troncation, à savoir sa nature et ses spécificités. Un des premiers critères analysés aété la question de répartition des parties du discours. Nous avons pu observer que la troncation affecte surtout les adjectifs et les substantifs. Leur présence dans notre corpus aété très forte. Pour l’illustrer, voici les résultats exacts issus de notre recherche présentés sous forme d’un tableau (tableau n°1). Partie du discours Nombre Pourcentage Substantifs (dont 86 noms propres) 437 74% Adjectifs 134 23% Adverbes 14 2% Interjections 2 0,4% Verbes 2 0,4% Prépositions 1 0,2% Total 590 100% tableau n° 1 : Répartition des parties du discours D’après ce tableau, nous pouvons confirmer que ce sont les substantifs qui occupent la première place, avec 437 occurrences, suivis des adjectifs avec 134 cas. Les noms propres, qui nous intéressent le plus dans cette contribution, constituent 15% du corpus total et 20% de tous les substantifs ce qui est selon nous un nombre assez considérable. Ces résultats nous mènent à constater que les noms propres, qui sont définis comme les mots qui n’ont pas «de signification véritable, de définition; ils se rattachent
36 LINGUISTICA PRAGENSIA 1/2014 à ce qu’ils désignent par un lien qui n’est pas sémantique, mais par une convention qui leur est particulière» (Grevisse, 1993, 703), subissent également la troncation et leur taux de présence n’est pas négligeable et ils méritent d’être analysés plus en détail. 3. LES TRONCATIONS DES NOMS PROPRES— GÉNÉRALITÉS En consultant notre corpus nous nous apercevons que le plus souvent, ce sont des prénoms ou des noms de famille, c’est-à-dire plus généralement— des noms de personnes, appelés aussi les anthroponymes, qui sont abrégés. Moins couramment, nous rencontrons les troncations des noms de lieux (les toponymes) ou des raccourcissements des villes, monuments, écoles, entreprises, équipes de football etc. Comme nous le découvrons dans n’importe quel livre de grammaire ou de lexicologie : Ex.: Théo < Théophile Steph < Stéphane (généralement, l’accent disparaitaprès la troncation ; parce que Steph ou Stef se prononce /stɛf/, pas /stef/) Troca < Trocadéro Inter < International Milano Soulignons que le dernier cas cité Inter(national Milano) est formé par une apocope accompagnée d’une ellipse. Les mots tronqués appartiennent souvent au registre familier, sauf s’ils ne sont pas déjà ancrés dans le corpus métalinguistique et utilisés habituellement même lors des discours formels (cf. photo < photographie/photographique, vélo < vélocipède, moto < motocyclette, métro < (chemin de fer) métropolitain, cycliste < bicycliste, etc.). Pareillement, les noms propres prennent souvent une connotation familière. D’ailleurs, dans les diminutifs des noms propres, une pseudo-suffixation s’ajoute à une réduction ou une syllabe est redoublée (Gardes-Tamine, 1990, 82). À ce propos, il faut signaler que ces mots ne sont pas considérés comme de vraies abréviations parce que le lexème est abrégé mais ensuite prolongé par un pseudo-suffixe (-o, -oche, -lo, etc.) ou un redoublement (cf. notamment Riegel, 1994, 552; Goudaillier, 2001, 28). Il ne s’agit donc pas d’une abréviation mais d’un mot nouveau formé à l’aide d’une réduction. Ex.: Philou < Philippe Popol < Paul Ces derniers peuvent être dans certains cas péjoratifs : Tchécos, Tchékos < Tchèques (Fridrichová, 2012,89). Dans notre corpus, nous avons répertorié 86 de ces créations. Ici, nous aimerions démontrer leurs particularités et leurs caractéristiques. La présentation sera faite en deux temps : — d’un côté, nous démontrons les particularités des noms propres ressortis de notre corpus;
RADKA FRIDRICHOVá 37 — de l’autre côté, nous comparons leurs spécificités et leur nature avec les résultats généraux de notre étude doctorale. Les résultats de cette analyse vont être présentés par catégorie avec des exemples concrets en contexte, introduits par l’abréviation du mot «exemple»: Ex. et suivis de l’indication du périodique entre parenthèses. 3. 1 LES TRONCATIONS DES NOMS PROPRES— PRÉSENTATION GÉNÉRALE DES DONNÉES Avant de présenter les comparaisons entre les noms propres et les troncats dits généraux provenant de notre analyse de presse, nous décrivons les traits communs des noms propres (par catégorie) en indiquant leur nature et leurs spécificités dans la presse française. Les prénoms sont souvent l’objet de la troncation pour appeler plus gentiment un membre de la famille ou un proche (Seb < Sébastian, Nico < Nicolas, Sam < Samuel, Chris < Christophe/Christian). Ex.: «Il aun prénom diminutif du genre Seb, Nico, Sam ou Chris.» (ANP, n°510, p.26). D’ailleurs, les abréviations des noms de famille (Almo < Almodóvar, Djoko < Djokovic, Mosco < Pierre Moscovici, Sarko < Sarkozy, Schwarzy < Schwarzenegger) ou des prénoms (Ségo < Ségolène Royal) de célébrités apparaissent quotidiennement dans la presse française. Le rôle de ces abrégés peut être différent ainsi que la motivation de les employer. Les uns ridiculisent un peu les personnes, les autres aident à familiariser un personnage avec les lecteurs. Ils sont également utilisés pour donner à un article un aspect ludique, parfois caché dans le titre et décrypté ultérieurement dans le texte. Ex.: «Entouré de ses collaborateurs habituels, Almo fait de La piel…» (INR, n°808, p. XX); «Et même l’incroyable demie perdue par “Djoko” face à Federer à Roland-Garros.» (20M, n°2106, p.23); «Je m’emmerde ici. Même “Mosco” ne vient jamais me voir.» (NO, n°2454, p. 102); «Sujet du bac facho proposé par l’éminence brune de Sarko, […].» (INR, n°812, p. 43); «Schwarzy is back! […] L’ex-gouverneur de Californie y tient le premier rôle.» (20M, n°2128, p.17); «Ségo démesurée. Mais qui abien pu oser demander à François Hollande après le meeting du Bourget.» (INR, n°846, p. 49). Ces formes d’abréviation peuvent être suivies d’un redoublement hypocoristique (Cricri < Cristian, Momo ˂ Mohamed ou Lulu < Lucien) qui leur fournit une connotation
38 LINGUISTICA PRAGENSIA 1/2014 encore plus familière, voire «mignonne» ou au contraire, le redoublement adoucit une expression vulgaire ou péjorative. Ex.: « Hélène, Cricri, les Musclés : que deviennent les stars des sitcoms? » (20M, n°2141, p. 18); « Mohamed Belkacemi sort du silence. “Pourquoi t’as pas fermé ta gueule, Momo?”.» (NO, n°2427, p. 102) ; «Je ne suis pas encore un artiste, je suis un musicien. Intimidé par l’attente que son nom de famille suscite, Lulu Gainsbourg la joue modeste.» (20M, n°2143, p.13). Il se peut que les noms soient resuffixés après troncation, il n’y aque deux suffixes qui sont apparus dans notre répertoire. Il s’agissait des suffixes «-o» (Fredo < Frédéric), et «-oche» (Platoche < Platini, Patoche < Patrick). Ex.: «Jacques Chirac avait sa tête de veau, Frédéric Mitterrand aura sa “mousse Fredo”». (20M, n°2106, p. 18); «Parfois, elle appelle “Patoche” à l’aide, mais il ne répond pas.» (NO, n°2427, p. 123); «Cet amoureux de “Platoche” (Platini) sait que pour gagner il vaut imiter “la Dèche”, modèle 1998.» (NO, n°2463, p. 49). Parfois, un prénom peut avoir plusieurs abréviationset en même temps, chacune est destinée pour une autre personne : (Dominique > Domi, Dodo, Dom). Sous Domi, on découvre Dominique Strauss-Kahn (économiste et homme politique français), Dodo désigne soit Dominique Alderweireld, dans son cas accompagné du pseudonyme Saumure (Belge connu de l’affaire Carlton de Lille) soit Dominique de Villepin (homme politique, diplomate et aussi écrivain français) et Dom, ici représentant une femme, Dominique Planche (journaliste française qui se fait connaître grâce aux blogs et Internet). Ex.: Dominique Strauss-Kahn: «Elle aépousé toutes les batailles de “Domi”.» (NO, n°2435, p. 48); Dominique Alderweireld: «Dominique Alderweireld, dit “Dodo la saumure”.» (NO, n°2451, p. 132); Dominique de Villepin: «Dodo comme Jojo? […], Dominique de Villepin assène des coups violents contre celui qui voulait, au moment de l’affaire Clearstream, le pendre à un croc de boucher […] son ancien patient martyrisé, Johnny Hallyday» (INR, n°848, p.46); Dominique Planche: «Une journaliste bloggeuse, Dominique Planche, dite Dom, amené l’enquête (à voir sur planche.com).» (INR, n°812, p. 46). En revanche, la même abréviation peut cacher plusieurs noms propres différents (Jojo < Johnny Hallyday, Michael Jordan). Par ailleurs, une fois, elle abrège un nom de famille (Michael Jordan— un basketteur américain) et l’autre fois un prénom (Johnny Hallyday— un chanteur et musicien français).
RADKA FRIDRICHOVá 39 Ex.: Johnny Hallyday: «De Jojo, ils ne connaissent pas grand-chose.» (NO, n°2440, p. 57); Michael Jordan: «Charles Barkley, Pat Ewing, David Robinson, John Stockton, Michael Jordan… Jojo, quoi!» (ANP, n°527, p. 58). En plus de cela, la même personne peut avoir un abrégé de son prénom et un abrégé de son nom de famille (suivi ou non du redoublement hypocoristique): Gérard Depardieu → Gégé, Dédé, Nicolas Sarkozy → Nico, Sarko. Ex.: Gérard Depardieu: «En gros, cette bande de beaufs ultraréacs, parfois homophobes, lui rappelle sa jeunesse, à Gégé.» (INR, n°822, p. 45); «Interviewer Gérard Depardieu, c’est le voir imiter un chien quand il parle d’un chien, une actrice quand il se souvient d’elle, se faire lourd et lent pour évoquer son père, Dédé, tôlier, et compagnon du tour de France.» (MF, n°193, p. 58); Nicolas Sarkozy: «Depuis qu’elle arefusé l’entrée de Bouygues, pote de Nico, dans le nucléaire français.» (INR, n°812, p. 12); «„Si Sarko passe, en revanche, ça va être le bordel.“ » (INR, n°845, p. 34). Tous les noms de famille et les prénoms issus de notre dépouillement de périodiques sont ensuite présentés dans le tableau n°2 qui indique d’un côté les noms de personnes raccourcis par troncation et de l’autre côté leurs noms d’origine/de départ. Lexème Nom/prénom d’origine Lexème Nom/prénom d’origine Almo Almodóvar Kapu Ryszard Kapuscinski Barto Claude Bartolone Kousmi Kousmichoff Béa Béatrice Ligo Ligonnès Cav’ Cavendish Lolo Laurent Cricri Cristian Lulu Lucien Dany Daniel Lulz Lulzsec Dédé Depardieu Mat’ Mathieu Djib Djibril Max Maximilien Djoko Djokovic Mimi Michel Sardou Dodo Dominique Alderweireld Mimi Rémi Dom Dominique Planche Momo Mohamed Domi Dominique Mosco Pierre Moscovici Fredo Frédéric Napo Napoléon Gégé Gérard Nico Nicolas Hitch Hitchcock Patoche Patrick Che, Ché Chevènement Phil Philippe Chon Mélenchon Platoche Platini Chris Christophe Rafa Rafael Jako Jean-Jacques Simon Romo Romorantin Jean d’O Jean d’Ormesson Sam Samuel
40 LINGUISTICA PRAGENSIA 1/2014 Lexème Nom/prénom d’origine Lexème Nom/prénom d’origine Jean-Mi’ Jean-Michel Sarko Sarkozy Jeff Jeffrey Immelit Seb Sébastian Jojo Johny Hallyday Ségo Ségolène Jojo Michael Jordan Schwarzy Schwarzenegger Jul Julien Soko Sokolowski Spi Jean-Cyril Spinetta tableau n°2 : Liste des noms de famille et des prénoms issus de la recherche de périodiques En consultant le tableau, nous nous apercevons qu’il y a51 mots du genre prénoms/ noms de famille ce qui est un nombre assez élevé, soit 59% des noms propres et 9% du corpus total. En ce qui concerne d’autres noms propres (sauf les noms de famille et les prénoms cités ci-dessus) nous y découvrons des toponymes néologiques qui n’appartiennent pas (encore) au corpus métalinguistique et qui représentent des créations complètement nouvelles et originales. Ils sont mis en place pour attirer l’attention du lecteur et/ou pour accentuer les côtés ludique et original d’un périodique. Consultons-les dans leur propre contexte, triés selon les critères de classement communs: ● Les endroits connus à Paris: Bastoche < Bastille, Répu < République, Troca < Trocadéro, etc. Ex.: «Après L’Affable très VIIe, voici ce Petit Cheval de manège 100 % “Bastoche”.» (ANP, n°545, p. 24); «Car, pour les Parisiens, “Répu” doit rester un endroit où faire la fête, où manifester, se rassembler.» (NO, n°2462, p. VIII); «Un décor de montagne aété créé tout autour, avec un igloo, un parcours en raquettes, des petits chalets en bois qui encadrent les deux allées des Fontaines du “Troca”.» (ANP, n°546, p. 6). ● Les écoles: Arts déco < École des arts décoratifs, Normale Sup < École normale supérieure, Sciences Po < École des sciences politiques, Sup de Co < École supérieure de commerce. Ex.: «Le premier livre de Marion Fayolle, tout juste sortie des Arts déco de Strasbourg, est d’une beauté redoutable.» (NO, n°2462, p. 103); «Une philosophe à Poigne à Normale-Sup.» (NO, n°2455, p. 10); «Je rêve d’un Parti socialiste ou le parachutage, le cumul des mandats, l’accession aux responsabilités de jeunes tout juste sortis de Sciences Po seraient exclu […].» (NO, n°2463, p.42); «Lorsque je suis sortie de Sup de Co, j’étais sûre de ne jamais connaître le chômage.» (MF, n°201, p. 63). ● Les villes (Saint-Trop’ < Saint-Tropez) et les clubs de football appelés selon la ville (Barça < Barcelone). Ex.: «Bardot, c’est à Saint-Trop’, mais la Brigitte c’est à Calvi.» (L, n°3418, p.38); «“Le plus important est de savoir si [vendredi], Merkel et Sarkozy vont sauver l’Euro et non le classico” adéclaré l’entraîneur du Barça.» (20M, n° 2160, p.2).
RADKA FRIDRICHOVá 41 ● Les noms des sociétés: Adi < Adidas, Mac < Macintosh ou de leurs salariés: Conti < salariés de l’usine Continental (formé par ellipse). Ex.: «L’Adi yoga. C’est quoi? En partenariat exclusif avec la marque aux trois bandes, l’Adidas yoga, […].» (MF, n°197, p. 149); «La naissance du Mac, la révolution de la musique en ligne puis de la téléphonie…» (20M, n° 2135, p. 10); «Le 4 janvier dernier, Xavier Mathieu, leader charismatique des “Conti”, fustigeait l’absence de François Hollande au rendez-vous de son procès.» (NO, n°2462, p. 40). ● Les périodiques: Cosmo < Cosmopolitan, Les Inrocks < Les Inrockuptibles, Le (Nouvel) Obs < Le Nouvel Observateur. Ex.: «Conseil Cosmo» (CO, n°461, p. 194); «Jellyfish, blogueurs des “Inrocks”.» (INR, n°845, p. 37); «Elle tient aussi à vous remercier. Grâce à vous, “l’Obs”, premier hebdo d’informations politiques et culturelles en France, aeu en 2011 de bons résultats.» (NO, n°2459–2460, p.5). ● Ou les partis politiques: Jeunes Pop < Jeunes populaires. Ex.: «De 25000 en 2007, les Jeunes Pop n’étaient plus que 11000 en 2010.» (NO, n°2440, p.12). 3. 2 LES TRONCATIONS DES NOMS PROPRES— ANALYSE DES DONNÉES En classent les noms propres évoqués ci-dessus, nous avons repéré quelques caractéristiques principales que nous présentons par la suite. Premièrement, nous nous sommes posé la question: comment les noms de départ ont été abrégés? Le tableau n°3 développe la réponse à cette question en citant les chiffres et les pourcentages exacts. Procédé Pourcentage Simple apocope 71% Apocope suivie de redoublement 13% Apocope suivie d’ellipse 8% Apocope suivie de resuffixation 4% Simple aphérèse 1% Aphérèse suivie de redoublement 1% tableau n°3 : Procédés de troncation et le nombre de cas Avec ce tableau, nous découvrons que c’est la simple apocope qui prédomine avec 71% (Almo < Almodóvar, Sarko < Sarkozy, Jul < Julien, Phil < Philippe, Mosco < Moscovici, Cosmo < Cosmopolitan etc.). Ainsi, dans notre corpus, il s’agit d’un procédé qui est le plus fréquent, soit 78% des cas (cf. Fridrichová, 2012, 163). Un nombre assez considérable est représenté par l’apocope suivie du redoublement hypocoristique soit 13% (Momo < Mohamed, Jojo < Johny, Mimi < Michel, Lolo < Laurent, etc.). Il s’agit d’un phénomène traditionnellement employé après la troncation des noms/prénoms, il permet de jouer avec
42 LINGUISTICA PRAGENSIA 1/2014 la langue et de donner aux noms un côté familier, euphémistique ou ludique. Il faut souligner que dans le corpus total de notre thèse, ce procédé n’occupe que la quatrième position avec 2%. Ensuite, avec 8% nous distinguons en troisième rang l’apocope suivie d’une ellipse— un procédé fréquent au niveau des onomastiques des lieux, et en quatrième rang l’apocope accompagnée de resuffixation (Platoche < Platini, Patoche < Patrick, Fredo < Frederick, Bastoche < Bastille). En revanche, cette création se trouve en deuxième place dans la totalité de notre recherche (10%). La simple aphérèse et l’aphérèse suivie de redoublement compte chacune un exemple: Chon < Mélenchon, Mimi < Rémi, tandis que dans le corpus total, nous en avons retrouvé 12 pour la simple aphérèse et 3 cas pour l’aphérèse accompagnée du redoublement hypocoristique. Deuxièmement, nous avons analysé les noms propres par rapport à leur finale, nous avons bien sûr exclus les mots formés par aphérèse. La finale consonantique représente 36% dans le corpus des noms/prénoms et 35% dans le corpus total— un nombre presque semblable; le reste des lexèmes est destiné aux finales vocaliques. De toutes les finales vocaliques, c’est la voyelle [o] qui prédomine— 55%; suivie de la voyelle [i] avec 22%. Dans le corpus doctoral, la première citée compte 70% et la deuxième 14%. Les autres finales vocaliques [a], [y], [e] possèdent à peu près les mêmes répartitions dans le corpus onomastique. Le corpus de la recherche doctorale montre un pourcentage plus important pour la finale [a], soit 8%. Troisièmement, nous démontrons à l’aide d’un tableau (cf. tableau n°4) le rapport entre le mot complet (les mots composés ont été lors de ce comptage décomposés) et le mot raccourci par troncation et la comparaison de leurs structures syllabiques. Les données (en pourcentages) les plus considérables sont mises en gras et en italique. Mots de départ (nombre de syllabes) → 1 2 3 4 Abrégés ↓ Monosyllabiques 0 18% 14% 3% Dissyllabiques 2% 20% 31% 12% Total 2% 38% 45% 15% tableau n°4 : Les structures syllabiques des mots de départ et des mots abrégés Ces entrées démontrent que les onomastiques formés par troncation sont très souvent trisyllabiques et après ce procédé, ils deviennent dissyllabiques (31%): Barto < Bartolone, Sarko < Sarkozy, Nico < Nicolas, Répu < République etc. Ce phénomène est suivi de 20% pour les dissyllabiques qui ne changent pas de nombre— suite aux procédés d’accompagnement (la resuffixation, le redoublement): Bastoche < Bastille, Gégé < Gérard, Lolo < Laurent. 18% des cas sont formés par les dissyllabiques qui deviennent monosyllabiques (Mat’ < Mathieu, Mi’< Michel, Jeff < Jeffrey). Dans le corpus final, nous observons deux modèles les plus fréquents: les quadrisyllabiques → les dissyllabiques (26%); les trisyllabiques → les dissyllabiques (21%). Ensuite, il y aun écart entre les autres cas. Nous comptons environ 10% des exemples de ces procédés: 2 syllabes → 1 syllabe, 3 syllabes → 1 syllabe et 5 syllabes → 2 syllabes. Finalement, nous restons toujours dans la perspective des syllabes mais cette fois-ci, nous nous concentrons sur le point de troncature (cf. tableau n°5).