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L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne

Gauthier Blasi, Laura

Abstract

Cet article vise à étudier les dynamiques qui sous-tendent la quête ontologique et subjective de la Caraïbe à partir des schèmes et habitus de la Traite et de la Plantation. Ces dynamiques naissent de « l’expérience du déportement des africains vers les Amériques », pour reprendre des termes de Glissant, d’un « arrachement au pays quotidien, aux dieux protecteurs, à la communauté tutélaire », puis de la plantation considérée par Benítez Rojo comme la machine productrice de l’ontologique caribéenne. Nous étudierons, à partir des dynamiques de survie, les logiques à l’œuvre dans les explorations et la quête de la subjectivité caribéenne et la façon dont elles pourraient constituer un paradigme particulier, à travers les éléments en commun de l’espace de la performance de Benítez Rojo, l’espace du Détour de Glissant, l’espace de la poésie de Lezama Lima, la transculturation et le contrepoint d’Ortiz, le réel-merveilleux de Stephen Alexis et l’espace schizophone de Frankétienne et Gary Victor. Il s’agit d’espaces de négociations de sens entre la violence du lieu et la production d’autre chose, des espaces qui ne peuvent être expérimentés qu’à travers des dynamiques créatrices, allant d’éléments culturels jusqu’au plus profond de l’inconscient.

Full text

Sociocriticism XXXV-2|2021 Nuevas cartografías decoloniales: el sujeto cultural en el Caribe L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne El espacio de la poética, espacio de dinámicas paradigmáticas de la subjetividad caribeña The Poetic Space, a Space of Caribbean Subjectivity’s Paradigmatic Dynamics Laura GauthierBlasi http://interfas.univ-tlse2.fr/sociocriticism/3046 Electronic reference Laura GauthierBlasi, «L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne», Sociocriticism [Online], XXXV2|2021, Online since 20 juillet 2021, connection on 22 mai 2023. URL: http://interfas.univ-tlse2.fr/sociocriticism/3046 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne El espacio de la poética, espacio de dinámicas paradigmáticas de la subjetividad caribeña The Poetic Space, a Space of Caribbean Subjectivity’s Paradigmatic Dynamics Laura GauthierBlasi OUTLINE Le lieu de l’écriture L’origine de la Caraïbe Une culture de la représentation Dynamiques syncrétiques et philosophie dudétour Transculturation, contrepoint etcréolisation Les métaphores du retour verssoi – conquêteduréel Les démarches exploratoires de l’écriture Le paysage, la trace et l’écriture Le réel merveilleux de StephenAlexis - poétisation de lapraxis populaire Du soi a l’inconscient Comment se fait-il que nous en soyons‐là? Une écriture schizoïde Conclusion TEXT À la fin des an nées80, Said (1978, 1993), Spi vak (1999), Bhabha (1990), in fluen cés par des phi lo sophes comme De leuze (1972, 1980) ou Fou‐ cault (1966), ré flé chissent sur la co lo nia li té afin de dé cons truire le canon oc ci den tal. La dé co lo nia li té im plique alors une ré or ga ni sa tion pro fonde des schèmes de re pré sen ta tions et de pen sée, vers l’éman ci‐ pa tion,et de cette ré flexion naît le be soin de pen ser de nou veaux pa‐ ra digmes per met tant de les ap pré hen der. Bhabha parle d’un tiersespace à par tir de son concept d’hy bri da tion, un es pace dé fi ni par Rodríguez GuerreroStrachan (2008, p. 25) comme celui d’une tra‐ duc tion cultu relle im pli quant un acte créa tif dans le quel quelque chose qui ap par tient à une autre culture se re con fi gure dans un nou‐ vel es pace. Dans cet ar ticle, nous vou lons mettre en re la tion plu sieurs 1 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne théo ries, pen sées et écri tures dont le sub strat s’ap pré hende à par tir de cette no tion d’es pace sym bo lique et créa tif: un es pace rhi zo ma‐ tique et dy na mique où des sens nou veaux se né go cient, des images nou velles se créent, os cil lant constam ment entre si gni fi ca tions co lo‐ niales, bour geoises ou créoles, de l’ordre du maître et de la vio lence sym bo lique et phy sique et des si gni fiés propres, nou veaux ou re trou‐ vés, en quête d’une on to lo gie par ti cu lière à même de si gni fier le fon‐ de ment pro fond de l’êtrelà ca ri béen et haï tien (perçu comme un étantlà). Nous ten te rons d’ébau cher les contours de ce qui pour rait être un pa ra digme de la quête de soi et du lieu ca ri béen à par tir de cet es pace sym bo lique dont les dy na miques sont is sues de «l’ex pé‐ rience du dé por te ment des afri cains vers les Amé riques» (Glis sant, 2012c, p.17). Le lieu de l’écri ture L’ori gine de la Ca raïbe Pour Benítez Rojo (1998, p.57) et pour Glis sant, ce lieu com mence dans le ventre du ba teau né grieret dans la plan ta tion: «La vé ri table Ge nèse des peuples de la Ca raïbe, c’est le ventre du ba teau né grier et c’est l’antre de la Plan ta tion.» (Glis sant, 2013, p.35). Ba teau Né grier et Plan ta tions, chez les deux au teurs, de viennent des sys tèmes pro duc‐ teurs de ma chines, dans un sens de leu zien, c’està-dire, pro duc teurs de corps, de struc tures men tales, d’in di vi dus, d’or ga ni sa tions so‐ ciales, éco no miques et po li tiques. Ces ma chines sont à la fois des mo‐ ments de l’his toire, des ma trices de sub jec ti vi tés et elles sont aussi consti tu tives de l’his toire du lieu en tant que par ti ci pantes de cette quête de soi. Les An tilles naissent d’un «ar ra che ment bru tal»(Glis‐ sant, 2012a, p.223), d’un dé pouille ment de l’être(Glis sant, 2013, p.16), et d’une vio lence in di cible. Ces élé ments unissent la ques tion de soi à celle du lieu, celui de la dé por ta tion: «Le ventre de cette barqueci te dis sout, te pré ci pite dans un nonmonde où tu cries. Cette barque, cette ma trice, le gouffrematrice. Gé né ra trice de ta cla meur» (Glis‐ sant, 2012c, p.18). Augé (2017, p.58‐60) dé fi nit le lieu comme un es‐ pace iden ti fi ca toire, re la tion nel et his to rique. Dans un lieu, des ha bi‐ tus se ren contrent et se par tagent et c’est ce qui rend ce lieu ex pé ri‐ men table par ceux qui l’ha bitent. Pour les autres, ce lieu de la dé por ‐ 2 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne ta tion de vient un nonlieu, un es pace dénué de toutes ca rac té ris‐ tiques his to riques, cultu relles et re la tion nelles. Lorsque Glis sant et Benítez Rojo font naître la Ca raïbe avec la Traite et la Plan ta tion, ils ancrent la nais sance d’un lieu dans ce nonlieu. Les dy na miques de sur vie qui se mettent en place dans le Ba teau Né grier et la Plan ta tion vont éta blir les schèmes des dy na miques de la construc tion du lieu et de soi de la Ca raïbe. Deux ques tions soustendent l’ori gine de ces dy‐ na miques : que restet-il de sub jec ti vi té dans l’ex pé rience du dé‐ pouille ment de soi et quelle place ac cor der à la vio lence dans cette reconquête? Une culture de la re pré sen ta tion Glis sant, dans Le dis cours an tillais (2012a), mène une ré flexion à ce sujet à par tir des condi tions d’ar ri vée dans le «nou veau monde». Si l’on ne met tait ja mais dans le même ba teau, ni dans la même plan ta‐ tion, des per sonne en si tua tion d’es cla vage par lant la même langue et ve nant du même peuple, en plus de l’ar ra che ment, on condamne au dé ra ci ne ment, à l’ab sence de voix, à la dé pos ses sion. Une re la tion de do mi na tion s’ins taure et se fonde sur l’an nu la tion de l’autre qui se tra duit alors par l’adop tion d’une at ti tude pas sive chez l’es clave: «Les Noirs amé ri cains adop taient comme at ti tude lin guis tique chaque fois qu’ils étaient en pré sence de blancs: le zé zaie ment, la traîne, l’idio‐ tie» (Glis sant, 2012a, p.49‐50). Ce dé pouille ment peut de ve nir une dy na mique de sur vie chez l’es clave qui l’adopte pour ré sis ter et ren‐ voyer à l’autre, le mi roir de ce que celuici veut voir comme ré sul tat de son propre pou voir (Mor ri son, 2018, p.27‐39). Ce ca mou flage et la 3 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne dy na mique du dé tour qui l’ac com pagne, dotent de sens une at ti tude pas sive qui de vient un acte de ré sis tance (le re tour); ils trans forment un si lence en un cri dis si dent: «L’es clave confisque le lan gage que le maître lui a im po sé, lan gage sim pli fié, ap pro prié aux exi gences du tra vail[…] et pousse à l’ex trême de la sim pli fi ca tion. Tu veux me ré‐ duire au bé gaie ment, je vais sys té ma ti ser le bé gaie ment, nous ver rons si tu t’y re trou ve ras» (Glis sant, 2012a, p.49). Cette dé via tion de la trans cen dance im pli quée dans un fait vers la créa tion d’une nou velle trans cen dance pour doter de sens un im pos sible, marque un début de prise de conscience de soi de l’es clave, un début de sub jec ti va tion col lec tive. Le dé tour «mène donc quelque part» (2012a, p.51) et im‐ plique, dans, cet es pace du dé tour ne ment, la re cherche d’une so lu‐ tion pro vi soire de sur vie, une pre mière ex pé rience du lieu. Pour Glis sant, le ca mou flage en est la mise en scène (2012a, p.50) et Benítez Rojo dé ve loppe la no tion de re pré sen ta tion pour ex pli quer le mode de sub jec ti va tion de l’aire Ca raïbe, ac com pa gnée d’une per for‐ mance. Pour lui, cette re pré sen ta tion au rait une fonc tion de pra tique ri tuelle, de ré ac tua li sa tion d’élé ments an ces traux an té rieurs aux ma‐ chines des Ba teaux Négriers et de la Plan ta tion, et de né go cia tion d’élé ments éclec tiques dans un es pace chao tique, lieu des to ta li tés. Dans cet es pace, le per for mer, consciem ment ou in cons ciem ment, com pose selon des rythmes qui ne sont que des signes ou codes de sub jec ti vi té, pro ve nant de di verses ma chines et qui ne peuvent s’ap‐ pré hen der qu’à tra vers la poé tique. C’est dans cet es pace que le per‐ for mer leur don ne ra un sens, im pro vi sant des rythmes d’une «cier ta ma ne ra» (Benítez Rojo, 1998, p.32), afin d’exor ci ser la vio lence so‐ ciale. Cet es pace de com po si tion de vient un es pace de re cherche et d’ex pé ri men ta tion de soi et du lieu dans le quel se cô toient des sys‐ tèmes et des élé ments pa ra doxaux, mis en re la tion pour dire. Pour Glis sant (2012a, p.57), lorsque le dé tour ces se ra d’être une pra tique im po sée par le réel, elle de vien dra une pra tique d’ap pré hen sion, d’ana lyse et de créa tiondu lieu et de soi. Selon lui, les An tilles ont dé‐ pas sé le stade de la struc tu ra tion par le dé tour, mais cet es pace de la poé tique (chao tique et ex pé rien tiel) qui montre des si mi la ri tés or ga‐ niques avec ces dy na miques de sur vie, semble être le dé no mi na teur com mun des modes d’ap pré hen sion du réel et des on to lo gies de la Ca raïbe. 4 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne Dy na miques syn cré tiques et phi ‐ lo so phie dudé tour Trans cul tu ra tion, contre point etcréo li ‐ sa tion Le concept de trans cul tu ra tion né avec Fer nan do Ortiz, an thro po‐ logue et phi lo sophe cu bain, dans son œuvre pu bliée en 1940, Contra‐ pun teo cu ba no del ta ba co y el azúcar. Ce néo lo gisme lui per met d’ex‐ pli quer les phé no mènes cultu rels de Cuba, en op po si tion à la concep‐ tion d’ac cul tu ra tion, qu’il ex plique comme le pro ces sus de tran sit d’une culture à une autre. Pour lui les élé ments de la culture sont in‐ sé pa rables de ceux de l’his toire éco no mique, po li tique et psy cho so‐ ciale (Ortiz, 1978, p.93), rai son pour la quelle le tabac et le sucre, prin‐ ci paux mo teurs de l’éco no mie de l’île, de viennent des tropes à même de dire la cu ba ni té. Les sys tèmes cultu rels (éco no miques, po li tiques et so ciaux) qui se sont ap pro priés le tabac et le sucre (leur pro duc‐ tion, leur com merce, leur usage) les ont dotés, cha cun, d’un ré seau de si gni fié propre à cha cune de ces cultures. La di ver si té des flux cultu‐ rels et leurs in fluences dans un espacetemps re la ti ve ment court a créé une ac cu mu la tion de sens contre poin tés; le tabac et le sucre sont de ve nus des mé to ny mies de la cu ba ni té, in té grant des si gni fiés cultu rels qui vont des in diens du pa léo li thiques, aux blancs es pa gnols jusqu’aux dé por tés afri cains. Le tabac est celle du tra vail in di vi dua li sé, libre et non alié né du pay san cu bain blanc et le sucre, celle de l’élé‐ ment « igno mi nieux » parce qu’il im plique l’uti li sa tion d’une main d’œuvre es clave et d’une pro duc tion in hu maine. Les deux si gni fiés contre poin tés per mettent de per ce voir la cu ba ni técomme une on to‐ lo gie faite de ce qui s’ex trait de ces sys tèmes cultu rels mis en re la‐ tion. Van Hecke (2004, p.21‐34) ana lyse l’oxy more du «sucre amer» pour dire cette cu ba ni té, qui s’ap pré hende à par tir du contact entre les dif fé rences, de l’éclo sion d’une nou velle per cep tion du lieu et de soi à par tir d’un ar chive cultu rel hé té ro clite, im pos sible de sys té ma ti‐ ser. Lecontre point d’Ortiz per met d’ap pré hen der la re con quête de soi à par tir d’une su per po si tion de si gni fiés cultu rels à par tir des quels il est pos sible de per ce voir le sens de cette ten sion, amère certes, mais 5 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne dotée d’un élan vital qui rap pelle celui des dy na miques de sur vie du ba teau né grier et de la plan ta tion. Glis sant, en sui vant cette dy na mique, lui pré fère le concept de créo li‐ sa tion. La créo li sa tion est avant tout un phé no mène lin guis tique: du contact avec la langue du do mi nant et de sa sim pli fi ca tion et trans‐ for ma tion en langue de tra vail, elle est de ve nue une vé ri table langue créole à par tir du «pou voir de la mé moire» (2013, p.17). Dans cet es‐ pace du dé tour, où se forment les poé tiques, Glis sant pense la créo li‐ sa tion comme la re la tion ho ri zon tale entre les élé ments qui ren tre‐ ront en contact mal gré leurs ori gines is sues de la re la tion de do mi na‐ tion. Cette mise en re la tion à par tir de l’ho ri zon ta li té per met une intervalorisation des élé ments, sans «dé gra da tion ou [de] di mi nu‐ tion de l’être […] dans ce contact et dans ce mé lange» (2013, p.18), ce qui rend pos sible l’ac tion de l’in at ten du et de l’im pré vi sible dans la créa tion. 6 L’es pace des poé tiques, audelà des né go cia tions ou des ex trac tions de sens à par tir des dif fé rences en contact, est le lieu de l’ex pé ri men‐ ta tion dy na mi sante et libre de la sub jec ti vi té, en quête de son on to lo‐ gie. 7 Ainsi, les es paces dans les quels se tiennent les pro ces sus de trans cul‐ tu ra tion (d’Ortiz) ou de créo li sa tion (de Glis sant) peuvent être ex pli‐ qués ainsi par Benítez Rojo: «Un ar chi vo caótico y ma te rial mente ir‐ re pre sen table, cuya pro mis cui dad está muy lejos de pro veer un blasón es table y ge nui no, es tam bién, […] una metáfora de los orígenes im po sibles de la plantación» (1998, p.186). 8 Les mé ta phores du re tour verssoi – conquêteduréel Cette conquête pro gres sive du soi ca ri béen est aussi quête pro gres‐ sive du réel, de ce qui le consti tue pour dire cette sub jec ti vi té. Glis‐ sant et Le za ma Lima consi dèrent le pay sage comme per son nage clé de cette quête car il est pour l’es clave, le seul lieu qui de vient réel le‐ ment ex pé ri men table. Pour Glis sant, une ré ap pro pria tion du pay sage per met d’ex pé ri men ter l’an tilla ni té, dans «une vo lon té de re cons ti‐ tuer les dé chi rures so ciales, de rem plir les trous de mé moire col lec‐ tive et d’éta blir des re la tions hors du mo dèle mé tro po li tain» (Bou ‐ 9 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne draa, 2016, p.34). Ex plo rer le pay sage, ex pé ri men ter ce lieu pour le faire « dire », c’est aussi le doter d’une poé tique propre (Glis sant, 2012b, p.72‐73). Quant au sys tème poé tique de Le za ma Lima, il s’ar ti‐ cule au tour de la mé ta phore et en par ti cu lier, de l’image, l’imago, qui per met trait d’ac cé der à la connais sance du monde, à la réa li té du monde in vi sible, im pos sible. Un pay sage, un ta bleau, com mencent à dire quelque chose lorsque les élé ments qui le com posent com‐ mencent à s’ani mer et par viennent à pro duire une «force ré vul sive» sous l’ac tion du contre point: «Lo que ha im pul sa do esas en ti dades, ya na tu rales o ima gi na rias, es la intervención del su je to metafórico, que por su fuer za re vul si va, puso todo el lien zo en mar cha, pues, en rea li dad, el su je to metafórico actúa para pro du cir una me ta mor fo sis hacia la nueva visión» (2010, p.250). Cette force est un pre mier pas vers la mé ta mor phose d’un sens qui opère en ellegrâce à l’in ter ven tion du sujet mé ta pho rique. Les re la‐ tions que ce sujet éta blit entre les élé ments, don ne ra nais sance à une nou velle vi sion. Audelà, la mé ta phore qui ne ren ferme qu’un sens caché, in vi sible, ne peut être éclai rée que grâce à l’image qu’elle pro‐ duit: la connais sance. La mé ta phore sert alors de pont entre des élé‐ ments qui ne s’animent que sous l’effet de celleci. Elle pro duit ainsi tout un ré seau d’images qui ne livrent leurs sens pro fonds que lorsque l’en semble des élé ments mis en contact pro duisent l’image per ma nente (Valcárcel, 1999, p. 1260). C’est cette nou velle image, dotée d’un nou veau sens, d’un nou vel écho, qui par vien dra «à créer une réa li té» (Le za ma Lima, 1981, p.21): 10 De ter mi na da masa de en ti dades na tu rales o cultu rales, ad quie ren en un súbito, in men sas re so nan cias. En ti dades como las ex pre siones, fábulas mi le sias o rui nas de Pér ga mo, ad quie ren en un es pa cio contra pun tea do por la imago y el su je to metafórico, nueva vida, como la plan ta o el es pa cio do mi na do. (2010, p.251). Le sujet mé ta pho rique et l’image trans forment une en ti té na tu relle en une en ti té cultu relle de l’ordre de l’ima gi naire dans l’es pace des mé ta‐ mor phoses, du contre point. Elle re pré sente cette ca pa ci té qu’a l’hu‐ ma ni té de pro duire des images d’ellemême et c’est ce qui, selon Le‐ za ma Lima, as sure la lon gé vi té, la per ma nence d’une culture. 11 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne Qu’estce qui donne sa forme au réel, son his toire ou son ima gi naire? Le za ma Lima cite les ima gi naires étrusques, ca ro lin giens, bre tons qui se sont im po sés sur l’his to rio gra phie contem po raine (2010, p.253‐254). Les aires ima gi naires qui naissent alors de ces es paces contre poin tés per mettent de «crear la nueva cau sa li dad, la po si bi li‐ dad in fi ni ta, la ima gen como po ten cial entre la his to ria y la poesía» (1981, p.104). Comme le di saient Boc ca ra, Ca ta la et Lory (2002, p.6), dans la pro duc tion d’une image sur vit sa pro duc tion my thique. Cette pro duc tion my thique est une construc tion sous l’in fluence de sys‐ tèmes de croyances pré exis tants et de «com por te ments in di vi duels d’ima gi na tion par les quels le sujet met en re la tion les choses et les êtres, dans un ré seau de si gni fi ca tion qui, […] se ré vèlent comme for‐ te ment struc tu rées et do tées de sta bi li tés (Mal rieu, 2013, p.50). Cette pro duc tion my thique im plique une par ti ci pa tion à la men ta li té du groupe et l’obéis sance à un in cons cient so cial (Mal rieu, 2013, p.54). L’image per ma nente, éclo sion d’un sens qui pro vient d’un sys tème de connais sance pro fond, col lec tif et af fec tif consti tue un moyen d’ap‐ pré hen sion de soi et du lieu à par tir de l’es pace de la poé sie: l’es pace contre poin té de signes de tout type, de toutes les pos si bi li tés de nou‐ velles images por teuses de sens, illi mi té, en ex ten sion, où l’oxy more de vient le prin ci pal moyen d’ex plo rer, dans la ten sion du pa ra doxe, le sens de l’image qu’elle pro duit grâce au «súbito» : l’ins tant où af‐ fleure un sens, entre cau sa li té et in con di tion na li té. La poé sie, ces sens nou veaux qui se per çoivent dans cet es pace, est conduite vers un poème, et l’écri ture, qui freine le ver tige de tous les pos sibles, qui ré siste à l’ex ten sion, conduit vers un sens, vers une image, sous la main du poète, ga rant de ces pos si bi li tés in fi nies. Il fixe à un mo ment donné des pos si bi li tés qui se sont of fertes dans l’es pace de la poé sie: 12 Poema: un es pa cio re sis tente entre la progresión de la metáfora y el cu bre fue go de la ima gen. Poeta: el que toca ese es pa cio re sis tente, como po si bi li dad. Poesía: las esen cias ex pre sa das por las eras ima gi na rias. (Le za ma Lima, 1981, p.129) La re cherche et l’ex pé ri men ta tion de nou veaux sens se réa lisent au ha sard: l’ex pe ri men ti sorte (Le za ma Lima, 1981, p.130). Ils se ré vèlent su bi te ment, lors qu’elle illu mine une zone on to lo gique. Cette dé‐ marche, dans la pers pec tive glis san tienne se re trouve dans sa pen sée 13 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne gures ambigües, en proie à leur dua li té, sub mer gées par leurs an‐ goisses et leur culpa bi li té parce que «ha bi ter un tel pays, c’est né ces‐ sai re ment être ce peuplelà» (Chan cé, 2009, p.30). Com prendre le réel ne peut que pas ser par une ex plo ra tion du lieu le plus pro fond, celui qui est au cœur des dy na miques créa trices des sub jec ti vi tés, pour com prendre le che mi ne ment de l’his toire d’Haïti, en même temps, unique lieu à par tir du quel il est pos sible de bi fur quer vers quelque chose d’autre. A pro pos de son roman Banal oubli (2008), Gary Vic tor ex plique: 26 Le per son nage de l’écri vain dansBanal oubliveut écrire son his toire mais en même temps, il y a le poids de ce qu’il ne veut pas voir, sa mé moire biffe les mo ments dou lou reux et ne garde que les mo ments ma giques. Il y a un dé ca lage entre la réa li té et l’en fance, entre l’his ‐ toire dé crite et l’his toire telle qu’elle est. Quelque chose cloche que son «double» va mettre à jour. Mais cette quête psy cha na ly tique de luimême est aussi une psy cha na lyse du lieu et le texte une mé ta ‐ phore de l’his toire d’Haïti: si nous sommes la Ré pu blique glo rieuse qui s’est levée contre l’es cla vage, com ment se faitil que nous en soyonslà? Il y a for cé ment quelque chose qui a été caché et l’écri ‐ ture part pour ainsi dire en quête de ces nondits. (Carré, 2008) L’écri ture met tra en scène des per son nages schi zoïdes qui mènent une lutte in terne et achar née, entre les ins tances du moi et du sur‐ moi, pro lon ga tion à l’in té rieur de l’être de l’ins tance ré pres sive de la so cié té ex té rieure. Fanon, en ci tant René Ménil, dé non çait l’ins tau ra‐ tion, dans la conscience des es claves, à la place de l’es prit afri cain re‐ fou lé, d’une ins tance re pré sen ta tive du maître, «si tuée au tré fonds de la col lec ti vi té et qui doit la sur veiller comme une gar ni son la ville conquise» (2003, p.118). Ainsi, l’œuvre de Gary Vic tor met en scène des per son nages comme l’écri vain Pierre Jean, violé, en fant, de dos sur une croix. L’oubli de son passé trau ma ti sant se per pé tue à tra vers les per son nages au to bio gra phiques qu’il met en scène dans ses ro‐ mans: «Le pré sent de Roger est trop mi sé rable pour cor res pondre à ce passé my thique qu’il dé crit. Soit sa mé moire, pro ba ble ment tra fi‐ quée, lui joue des tours, soit il a dé li bé ré ment ef fa cé de ses sou ve nirs quelque chose d’in sou te nable » (Vic tor, 2008, p. 102). Cet ex trait éclaire l’ana lo gie entre le vécu des per son nages et les nondits de l’his toire: Pierre Jean, re fu sant de se sou ve nir, com mence à tuer des 27 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne vic times à coup de mar teau, de dos sur une croix, trans for mant ainsi le nondit en pas sage à l’acte, en une com pul sion de ré pé ti tion, image à échelle frac tale de la vio lence so ciale du lieu. Le récit de Banal oubli se construit à par tir de plu sieurs plans nar ra‐ tifs et d’une lo gique mé ta lep tique. Le plan de Pierre Jean re pré sente celui de la dié gèse à par tir du quel les plans per çus comme fic tion nels (ceux des per son nages de ces ro mans au to bio gra phiques et celui de son moi pro fond) font ir rup tion dans le plan posé comme réel. Cette lo gique par ti cipe aussi à l’idée d’une quête en pro fon deur, qui part de ce plan posé comme réel, et, à par tir d’une lo gique en frac tale, re pro‐ duit les lo giques dys fonc tion nelles du plan so cial dans les plans posés comme ceux de l’in cons cient. Les dys fonc tion na li tés psy chiques du per son nage sont une mise en abyme du lieu et de l’his toire d’Haïti: 28 La so cié té haï tienne est com plexe parce que ce sont les vain queurs qui ont jus te ment écrit l’his toire et les vain cus n’ont pas vrai ment eu l’oc ca sion de la mo di fier. Or l’his toire écrite par les vain queurs vous fait perdre tous vos re pères. […] Le per son nage de l’écri vain, dans Banal oubli veut écrire sa propre his toire mais en même temps, il y a le poids de ce qu’il ne veut pas voir, sa mé moire biffe les mo ments dou lou reux et ne garde que les mo ments ma giques. Il y a un dé ca lage entre la réa li té et l’en fance, entre l’his toire dé crite et l’his toire telle qu’elle est. […] Mais cette quête psy cha na ly tique de luimême est aussi une psy cha na lyse du lieu et le texte une mé ta phore de l’his toire d’Haïti. (Carré, 2008) Ainsi, sur un fond de conflit avec l’his toire, avec ceux qui l’écrivent, avec les ins tances du pou voir, Gary Vic tor ex plore son lieu en met tant en scène des per son nages en proie à des né vroses so ciales. Faus tin di sait: 29 La pensé haï tienne est duale dans le sens où elle est tra vaillée par une double idéo lo gie créole et bos sale en mal de com pro mis. La dua ‐ li té qui com mande la pensé haï tienne tient son es sence du dis tin go pri mor dial Blanc/Noir du temps né grier en traî nant toute une série d’autres qui, so cia li sées, en viennent à fon der toute une psy cho lo gie col lec tive em preinte d’une am bi va lence ca rac té ri sée par le jeu dia ‐ lec tique des deux per son na li tés créoles et bos sale. (2004, p.30) L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne Ré pondre à la ques tion « com ment se faitil que nous en soyonslà ? » ne peut se faire qu’en re mon tant jusqu’à ces ins tances psy‐ chiques is sues de la co lo ni sa tion qui gou vernent en core le moi in di vi‐ duel et col lec tif, mises en marche dans des ré cits dys to piques. 30 Une écri ture schi zoïde Pour Guat ta ri (1992, p.96), la psy cha na lyse consiste à re char ger l’ex‐ pres sion d’hé té ro gé néi té sé mio tique afin de sor tir du désen chan te‐ ment, de la dé poé ti sa tion du monde contem po rain, per met tant ainsi de créer de nou velles sub jec ti vi tés. Cher chant à com prendre l’ori gine des fixa tions de l’in cons cient, l’ori gine des re pro duc tions de schèmes ré pres sifs, afin de li bé rer l’in cons cient et ana ly ser les modes de pro‐ duc tions de la sub jec ti vi té, Guat ta ri étu die la re la tion sujetobjet du point de vue de la folie (1992, p.97). La folie, la psy chose, ré vèlent une forme d’êtredans-le-monde à par tir d’un réel an té rieur au dis cours (une béance chao tique). Ce réel an té rieur au dis cours est consi dé ré par l’au teur comme l’im ma nence chao tique ou réa li té vir tuelle ou‐ verte à la pro duc tion de quelque chose. Dans la pa tho lo gie psy cho‐ tique, le sens «d’être» s’im pose avant n’im porte quel schème dis cur‐ sif. La sub jec ti vi té se po si tionne alors dans un conti nu qui ne peut s’ap pré hen der qu’à par tir d’une « ab sorp tion pa thique exis ten tielle, prémoïque y préidentificatoire». Il s’agit d’une zone rhi zo ma tique dans la quelle «peuvent émer ger des bi fur ca tions on to lo giques et des co ef fi cients de créa ti vi té», proche des es paces abor dés au pa ra vant par Glis sant, Benítez Rojo, Ortiz et Le za ma Lima en quête de la sub‐ jec ti vi té des Ca raïbes, à par tir du Ba teaux Né griers, de la Plan ta tion et des re la tions de do mi na tion. Cette vi sion de l’in cons cient comme pro duc teur de sub jec ti vi té à par tir d’un in cons cient li bé ré a été re‐ prise par l’école du chaos haï tien et leur vi sion sin gu lière de la schi‐ zo: 31 Le schi zo phrène a son cer veau coupé en deux: il est coupé de la réa ‐ li té […]. Chez lui, l’hy per tro phie de l’ima gi naire éjecte la réa li té de son champ men tal. Chez le schi zo phone, c’est dif fé rent, la schize se pro duit au ni veau des mots. Il s’agit bien sûr d’une schize lu cide et créa trice, celle d’un écri vain […]. (Fran ké tienne in Touam Bona, 2004) L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne La li bé ra tion et le re tour à soi, selon Gary Vic tor et l’école du chaos haï tien, doit se faire à par tir de l’ex plo ra tion de cet in cons cient in di vi‐ duel et so cial schi zoïde, mais avec la créa ti vi té du schi zo phone: la vi‐ sion lu cide et créa tive de l’écri vain qui per met trait de repoétiser le monde, dans cet es pace re la tion nel et rhi zo ma tique, celui de la nou‐ velle sub jec ti vi té li bé rée. Comme le dit Adam Ges beau, per son nage du roman Je sais quand Dieu vient se pro me ner dans mon jar din de Gary Vic tor, à son double pris d’une folie schi zo phrène après avoir ré‐ écrit l’his toire of fi cielle d’Haïti et ma ni pu lé tous les per son nages «vi‐ vants» de l’île: 32 Pour quoi faistu cela, petit frère? Je lui mur mure à l’oreille, les larmes aux yeux […]. La dé rai son peut être la porte ou verte sur la beau té, sur la vé ri té… Fais de ta dé rai son une co mète… Fais de ta dé ‐ rai son un big bang… Fais de ta dé rai son un feu d’ar ti fice cos mique qui émer veille ra des lé gions d’anges ve nues de tous les uni vers. (2004, p.64‐65) Conclu sion Dans un en tre tien du 13jan vier 2017 (Gau thier Blasi, 2017, p.451), Gary Vic tor di sait : « Je re cherche l’hu main dans mon écri ture. Je rêve d’une autre hu ma ni té. Je rêve de femmes pour qui on pour rait par tir à la guerre. Je rêve d’hommes qui pour raient me mettre en tête des poèmes ver ti gi neux. Je rêve de vie tout sim ple ment.» Ex plo rer la vie, l’hu ma ni té per due dans la ca co pho nie du monde, les dé si rs pro fonds dans la dis cor dance des images que ren voie le réel est, sans doute, ce qui soustend le tra vail d’écri ture de Gary Vic tor. Quelle place oc cupe alors l’écri ture dans cette quête ? Pour quoi par ler de l’es pace des poé tiques comme lieu pa ra dig ma tique de la quête de soi et du lieude la Ca raïbe et d’Haïti? Dans la li gnée des études dé co lo niales, di verses ap pré hen sions de l’on to lo gie ca ri béenne s’éla borent à par tir d’es‐ paces sym bo liques dans les quels le lieu et le soi se pensent à par tir de la mise en re la tion d’élé ments éclec tiques plus ou moins dy na mi‐ santes; la sub jec ti vi té se per çoit dans les in ter stices de ces contacts, es paces dy na miques, re la tion nels, rhi zo ma tiques, dont la fonc tion trans for ma trice adopte plu sieurs re cours à par tir des lo giques du dé‐ tour, dy na mique de sur vie de l’es clave dans le ba teau né grier et la plan ta tion: la mé ta phore, l’oxy more, la mé to ny mie, l’ana lo gie, la per ‐ 33 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne son ni fi ca tion. L’es pace de la poé tique, ici, est un es pace sym bo lique de re cherche, d’ex plo ra tion et d’ex pé ri men ta tion à par tir du quel un sens né; une poïe sis du réel pour construire une his toire, une re la tion au monde, une ex pé rience de ce réel sub jec tif, des dy na miques cultu‐ relles aux dy na miques de l’in cons cients. Ce pen dant, si dans un pre mier temps, le tra vail d’écri ture fait état de cette conquête du lieu et de soi, la pos ture des écri vains de la spi rale rend compte d’une im pos si bi li té dans ce pro jet: l’ex plo ra tion ne part plus de traces de l’his toire, mais de symp tômes in di vi duels et col lec‐ tifs. Ils sont exa mi nés dans cet es pace de la poé tique, de ve nu l’es pace de l’ex plo ra tion de l’in cons cient et de ses dy na miques, dans les uni‐ vers dys to piques, frag men tés et schi zoïdes que les per son nages et les sys tèmes po li tiques (mar qués par les dic ta tures, les abus de pou voir et la ma ni pu la tion de l’his toire) ont contri bué à éla bo rer. Dans ces uni vers schi zoïdes, lieu de la dys fonc tion na li té, l’écri ture tente de dé‐ crire un uni vers dé li rant, mais la folie du lieu dé passe ses pos si bi li tés, comme dans À l’angle des rues pa ral lèles de Gary Vic tor (2003), ou les mots s’in versent, et avec eux, le lieu, qui se désa grège et ab sorbe même ses in té grants. Seul un re cueil de poé sie au rait pu par ve nir à sau ver cet uni vers, le der nier texte à ré sis ter à l’in ver sion et que les per son nages prin ci paux, jusqu’au bout de l’aven ture, uti lisent comme guide pour dé chif frer des lois, des règles, qui au raient pu en core quelque chose. Ni l’écri vain, ni la poïe sis, ne peuvent plus rien. Celuici, dé pas sé par le chaos, lorsque la folie du lieu prend le des sus sur ses propres per son nages, ne peut que don ner des pistes qui pour‐ raient, peutêtre, avoir un re ten tis se ment chez ses per son nages ou ses lec teurs, comme cette phrase que le père de Pierre Jean avait un jour pro non cé, dans Banal oubli, et qui ponc tue le récit: «Vain queur ou vain cu, ne laisse à qui conque, pas même à Dieu, le soin d’écrire ton his toire. Sinon, à la dou leur de la dou leur, s’ajou te ront celles de l’oubli et du men songe» (2008, p.97). 34 Pourraiton pen ser que ces écri vains du chaos, se déses pé rant d’une quête de la sub jec ti vi té im pos sible dans un lieu qui reste un nonlieu, in ves tissent l’es pace de la poé tique, non pas à la re cherche d’une contrepoétique mais d’une nonpoétique, ul time dé tour peutêtre en core à même de «dé voi ler le monde, et sin gu liè re ment l’homme aux autres hommes, pour que ceuxci prennent en face de l’objet ainsi mis à nu leur en tière res pon sa bi li té» (Sartre, 2002, p.87)? 35 L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne BIBLIOGRAPHY Alexis, JacquesStephen, L’es pace d’un cil le ment, Paris, Gal li mard, 2019[1959]. Augé, Marc, Los no lu gares, tra duit du fran çais par Mar ga ri ta Miz ra ji, Bar ce‐ lone, Ge di sa, 2017[1992]. Bhabha, Homi, Na tion and Nar ra tion, Londres, Rout ledge, 1990. 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Ces dy na miques naissent de «l’ex pé rience du dé por te‐ ment des afri cains vers les Amé riques», pour re prendre des termes de Glis‐ sant, d’un « ar ra che ment au pays quo ti dien, aux dieux pro tec teurs, à la com mu nau té tu té laire», puis de la plan ta tion consi dé rée par Benítez Rojo comme la ma chine pro duc trice de l’on to lo gique ca ri béenne. Nous étu die‐ rons, à par tir des dy na miques de sur vie, les lo giques à l’œuvre dans les ex‐ plo ra tions et la quête de la sub jec ti vi té ca ri béenne et la façon dont elles pour raient consti tuer un pa ra digme par ti cu lier, à tra vers les élé ments en com mun de l’es pace de la performance de Benítez Rojo, l’es pace du Dé tour de Glis sant, l’es pace de la poé sie de Le za ma Lima, la trans cul tu ra tion et le con tre point d’Ortiz, le réelmerveilleux de Ste phen Alexis et l’es pace schizophone de Fran ké tienne et Gary Vic tor. Il s’agit d’es paces de né go cia‐ tions de sens entre la vio lence du lieu et la pro duc tion d’autre chose, des es‐ paces qui ne peuvent être ex pé ri men tés qu’à tra vers des dy na miques créa‐ trices, al lant d’élé ments cultu rels jusqu’au plus pro fond de l’in cons cient. Español Este ar tícu lo busca es tu diar las di ná mi cas que sub ya cen en la bús que da on‐ to ló gi ca y sub je ti va del Ca ri be a par tir de es que mas y ha bi tus de la Trata y de la Plan ta ción. Estas di ná mi cas nacen de “la ex pe rien cia de la de por ta ción de afri ca nos hacia las Amé ri cas”, para re to mar los tér mi nos de Glis sant (2012c), de un “des arrai go de la tie rra co ti dia na, de los dio ses pro tec to res, de la co‐ mu ni dad tu te lar” ; luego, de la Plan ta ción con si de ra da por Be ní tez Rojo como la má qui na pro duc to ra de la on to lo gía ca ri be ña. Es tu dia re mos, a par‐ tir de las di ná mi cas de so bre vi ven cia, las ló gi cas que ope ran en las ex plo ra‐ cio nes y la bús que da de la sub je ti vi dad ca ri be ña y la ma ne ra en las que po‐ drían cons ti tuir un pa ra dig ma par ti cu lar, a tra vés de ele men tos en común del es pa cio de la per fo man ce de Be ní tez Rojo, el es pa cio del Des vío de Glis‐ sant, el es pa cio de la poe sía de Le za ma Lima, la trans cul tu ra ción y el con‐ tra pun to de Ortiz, lo realmaravilloso de Stephen Ale xis y el es pa cio es qui‐ zó fono de Fran ké tien ne y Gary Vic tor. Se trata de es pa cios de ne go cia ción de sen ti do entre la vio len cia de lugar y la pro duc ción de otra cosa, es pa cios que solo pue den ser ex pe ri men ta dos a tra vés de di ná mi cas crea ti vas, que in te gran desde ele men tos cul tu ra les hasta lo más pro fun do del in cons cien‐ te. L’espace de la poétique, espace des dynamiques paradigmatiques de la subjectivité caribéenne INDEX Mots-clés Caraïbes, dynamiques créatives, écritures exploratoires, paradigmes autres, poétiques Keywords Caribbean, creative dynamics, explorative writings, others paradigm, poetics Palabras claves Caribe, dinámicas creativas, escrituras exploratorias, paradigmas otros, poéticas AUTHOR Laura GauthierBlasi Universidad Europea de Madrid, España