scieee AI-readable full text Open interactive document viewer

Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer

Plana, Muriel

Abstract

Cette étude s’attache à des espaces alternatifs contemporains (hors du marché culturel et médiatique dominant) de représentations féministes et queer, en explorant aussi bien leurs potentialités émancipatrices que leurs éventuelles limites artistiques ou politiques. Elle montre en quoi ces espaces présents sur Internet (plateformes, sites) mais aussi à l’Université (événements de recherche, cours de pratique en arts, créations étudiantes), parce qu’ils ne dépendent pas de moyens importants ni des réseaux de production ou de diffusion traditionnels, peuvent échapper aux formatages esthétiques et idéologiques imposés, souvent implicitement, par les institutions culturelles, artistiques et médiatiques qui continuent de définir, en termes de valeur, de forme et d’identité, les objets « légitimes » de représentation. Certaines œuvres libérées dans ces espaces marginaux travaillent à des représentations du genre et des sexualités qualifiables de critiques, de fantasmatiques ou d’utopiques, interrogeant des binarités liées à celles que trouble le point de vue queer (comme féminin/masculin ou homo/hétéro), qui conditionnent toujours le Marché Institutionnalisé de la Création (MIC) : art populaire/savant ; expérimental/militant, performance/fiction, amateurisme/professionnalisme, création/réception, recherche/création/pédagogie. L’analyse esthético-politique concrète d’un manga coréen yuri (lesbien), Her Shim Cheong de Bi-wan et Seri, découvert sur you-tube, et d’une performance plasticienne Auto-exhibition 23 novembre 2018 de Pou Sein, produite dans le cadre d’un colloque universitaire, révèle qu’aux marges du MIC apparaissent des œuvres originales et exemplairement féministes et queer.

Full text

Sociocriticism XXXV-1|2020 Politiques des identités et des représentations queer/cuir. Performa(r)tivité et ar(t)chive Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer Aux marges du Marché Institué de la Création: deux espaces‘pauvres’ de représentations féministes et queer On the margins of the Creation Market and Institution: two “poor” spaces for feminist and queer representations En los márgenes del Mercado Instituido de la Creación: dos espacios “pobres” de representaciones feministas y queer Muriel Plana http://interfas.univ-tlse2.fr/sociocriticism/2676 Electronic reference Muriel Plana, «Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer», Sociocriticism [Online], XXXV1|2020, Online since 01 avril 2020, connection on 21 mai 2023. URL: http://interfas.univ-tlse2.fr/sociocriticism/2676 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer Aux marges du Marché Institué de la Création: deux espaces‘pauvres’ de représentations féministes et queer On the margins of the Creation Market and Institution: two “poor” spaces for feminist and queer representations En los márgenes del Mercado Instituido de la Creación: dos espacios “pobres” de representaciones feministas y queer Muriel Plana OUTLINE MIC et représentations féministes et queer en contexte postmoderne Aux marges du MIC : l’Université et Internet Her Shim Cheong: conte coréen adapté en manga yuri, féministe et queer Recherche-création queer à l’Université: l’exemple d’Auto-exhibition 23 novembre 2018 Conclusion TEXT Dans la li gnée de re cherches ré centes por tant sur le vid ding queer et la recherchecréation uni ver si taire, je m’at ta che rai ici à pen ser des es paces al ter na tifs exis tants, hors du Mar ché cultu rel et mé dia tique do mi nant, ou Mar ché Ins ti tué de la Créa tion (MIC1), de re pré sen ta‐ tions extrêmecontemporaines mar gi nales, fé mi nistes et/ou queer, en ex plo rant aussi bien leurs po ten tia li tés éman ci pa trices que leurs éven tuelles li mites ar tis tiques (en termes de sub ver sion et de trans‐ gres sion des formes do mi nantes) ou po li tiques (en termes de cri tique et de per for ma ti vi té). Il s’agit de mon trer en quoi, parce qu’ils ne dé‐ pendent pas de moyens im por tants et ne s’in sèrent pas dans les ré‐ seaux de pro duc tion ou de dif fu sion tra di tion nels, ces es paces ré‐ cem ment éla bo rés ou ré éla bo rés comme, sur In ter net, la pla te forme youtube ou cer tains sites de fans, et comme, à l’Uni ver si té2, des évé‐ ne ments de re cherche, des ac ti vi tés ar tis tiques étu diantes ou des cours de pra tique dis pen sés dans les for ma tions en arts échappent, 1 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer dans les meilleurs des cas, aux for ma tages es thé tiques et po li tiques im po sés, sou vent im pli ci te ment, par des ins ti tu tions cultu relles, ar‐ tis tiques et mé dia tiques qui, sous une ap pa rence post mo der niste d’ou ver ture to tale à l’ex pé ri men ta tion et de prime à la trans gres sion, conti nuent en réa li té de dé fi nir et de pro mou voir, en termes de va‐ leur, de forme et d’iden ti té, les objetssujets «lé gi times» de re pré‐ sen ta tion. Après avoir dé crit ces es paces mar gi naux de créationréceptiondiffusion en contexte, je m’ef for ce rai, à par tir de l’ana lyse esthéticopolitique3 d’un manga co réen, Her Shim Cheong, de Biwan et Séri, dé cou vert sur youtube, d’une part, et d’une recherchecréation uni‐ ver si taire, Autoexhibition 23 no vembre 2018 de Pou Sein, d’autre part, de mon trer en quoi ces deux œuvres très dif fé rentes, mais exem‐ plaires d’une créa tion al ter na tive hors MIC, in carnent au plus haut point un art extrêmecontemporain fé mi niste et queer. 2 MIC et re pré sen ta tions fé mi ‐ nistes et queer en contexte post ‐ mo derne Les cultures de masse sont peutêtre gen rées, c’està-dire co dées comme fé mi nines de ma nière pé jo ra tive. Elles sont peutêtre pro ‐ duites «par des hommes» qui se ré servent le pou voir éco no mique, mais cela ne veut pas dire pour au tant qu’elles ne com portent pas de zones de ré sis tance (Bour cier, 2011, p.67). Comme Sam Bour cier, et d’autres in tel lec tuel.le.s ou ar tistes tel.le.s qu’Irène Bon naud4 (Ben ha mou, 2007, p. 82), j’ai pu consta ter qu’à bien des égards, no tam ment entre 1980 et 2010, la culture po pu laire contri buait sou vent da van tage à la dif fu sion de re pré sen ta tions queer (sur tout gay, les biennes et fé mi nistes) que la culture sa vante et/ou aca dé mique, qua li fiée par l’au teur des Queer Zones de «mo der niste». 3 Dans le champ du théâtre, tra di tion nel le ment en dif fi cul té avec la re‐ pré sen ta tion des femmes et des sexua li tés (Plana, 2012), c’est en core plus ap pa rent. J’ai pu noter, dans la créa tion théâ trale post mo der niste en par ti cu lier, adon née à l’autoréférentialité et au rejet de la fic tion et du logos, une ré ti cence à ins crire dans ses ques tion ne ments le fé ‐ 4 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer mi nisme, les sexua li tés, le queer, leur pré fé rant, comme en té moigne l’ou vrage Le Théâtre post dra ma tique de H.-T. Leh mann (2002), des in‐ ter ro ga tions d’ordre mé ta phy sique ou for ma liste. Il est clair que le «re tour du po li tique», en tout cas en termes d’af fi‐ chage et de re ven di ca tion, sur les scènes théâ trales et, plus lar ge‐ ment, ar tis tiques de puis le début des an nées 2010 a per mis aux re‐ pré sen ta tions queer, mais aussi aux es thé tiques queer, de se ré‐ pandre sur les pla teaux et sur les écrans du MIC ainsi que dans la lit‐ té ra ture ins ti tu tion nelle, de plus en plus lé gi ti mées par la cri tique mé dia tique et uni ver si taire. 5 Lors de ce lent pro ces sus his to rique de «re po li ti sa tion» de l’art, la culture pop amé ri caine, dès les an nées 1980 et 1990, et la culture mi‐ li tante ultrasavante (uni ver si taire) dans les an nées 1990 et 2000 en Oc ci dent (suite, sans doute, aux an nées SIDA et, concer nant la France, au trau ma tisme du 21 avril 20025), pa raissent être à l’ori gine de l’ex ten sion des re pré sen ta tions po li tiques, fé mi nistes et queer. Mais ce n’est que dans les an nées 2010 que la pro blé ma ti sa tion du genre et des sexua li tés (et en core plus ré cem ment des classes, des «races», des âges…) touche les lieux d’art na tio naux, conven tion nés ou sub ven tion nés, mais aussi l’agen da po li tique et, ce qui va sou vent de pair, la pro duc tion mé dia tique et com mer ciale. 6 Le MIC post mo der niste se jette donc do ré na vant sur ces nou veaux, si peu nou veaux, su jets (do mi na tion mas cu line, vio lences et in éga li tés de genre, place des iden ti tés et sexua li tés queer…) qu’il qua li fie, du reste, de «so cié taux», dans une ul time ten ta tive de dé po li ti sa tion et de psy cho lo gi sa tion, alors qu’ils sont plei ne ment sociopolitiques. 7 L’ac tua li té ré cente, du ma riage pour tous à Me too – et donc la mé dia‐ ti sa tion, fon da men tale à l’ar ti fi ca tion (Hei nich, Sha pi ro, 2012) d’une pra tique de re pré sen ta tion et à l’ac cep ta tion, dou blée de leur ré cu pé‐ ra tion af fa dis sante et de leur trans for ma tion à bien des égards en la‐ bels, cli chés ou pures formes, de pro blé ma tiques comme le «fé mi‐ nisme», le «po li tique», le tra ves tis se ment de genre, la re pré sen ta‐ tion des sexua li tés et des ho mo sexua li tés, au tre fois em bar ras santes dans les pro gram ma tions – y a beau coup aidé. 8 Par consé quent, en ré gime es thé tique post mo derne, où nous sommes en core en glué.e.s, hé ri tier du mo der nisme dont les «ar chaïsmes (es‐ 9 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer thé tisme, éli tisme, mas cu li nisme, haine du po pu laire et des dif fé‐ rences, ar ro gance uni ver sa liste) » sont cri ti qués par Sam Bour cier (2011, p. 40), et sur tout d’une concep tion «idéa li sante» et «sa cra li‐ sante» de l’iden ti té de l’ar tiste6, par exemple dans l’au to fic tion «vé‐ cuiste» et so cio lo gi sante7, l’aca dé misme a un autre nomet une durée de vie plus brève : l’effet de mode. Mais le ré sul tat est le même : l’ins tau ra tion de normes, juste plus mou vantes et opaques, et un tri sé lec tif idéo lo gi que ment orien té dans les formes et les conte nus des re pré sen ta tions qui sont of fertes à la ma jo ri té des pu blics, lé gi ti mées et re con nues8. Il s’agit à chaque fois de dé li mi ter les es paces dere pré sen ta tion de ce qui adroit de cité et est digne du nom d’art. 10 L’ex pres sion «avoir droit de cité», pour des ex pé riences et des pro‐ duc tions ar tis tiques qui ont à cœur de re pré sen ter les iden ti tés et les sexua li tés queer et, plus au da cieux en core, de quee ri ser, dans leurs formes ellesmêmes, ces re pré sen ta tions, me semble per ti nente dans la me sure où j’ai choi si de m’in té res ser aux es paces à mon sens les plus ac cueillants au jourd’hui pour ces re pré sen ta tions, et de mon trer en quoi ils les in forment et les re nou vellent, en les sous trayant, au moins pour un temps, au MIC. 11 En effet, je pos tule, et ce n’est pas ori gi nal, que l’es pace d’ac cueil dé‐ ter mine en l’au to ri sant, en le for ma tant ou en ne le for ma tant pas, en sus ci tant sa dif fu sion et sa lé gi ti ma tion selon cer tains cri tères, dans cer taines condi tions et à un cer tain prix, le pro pos et l’es thé tique de l’œuvre, ainsi que leur re la tion, qui se ré vé le ra dia lo gique 9 (Plana, 2014, p. 17, note 2) ou non. Il fait donc bien da van tage qu’ac cueillir un pu blic ; il le crée et le consti tue au tour de l’œuvre qu’il dé ter mine aussi à tra vers un jeu de li ber tés et de contraintes spé ci fiques. 12 Un exa men po li tique à por tée es thé tique des es paces de créa tion et de dif fu sion per met trait par consé quent de com pa rer uti le ment les œuvres qui se sou mettent aux condi tions et exi gences propres au MIC (fi nan ce ments ins ti tu tion nels, lieux ins ti tu tion nels, durée, for‐ mat, coût, contrats, droit, règles de pro duc tion, pré dé fi ni tion d’un pu blic, mode, ac tua li té) et des œuvres, dès lors qua li fiables de mar gi‐ nales, qui se créent et se dif fusent dans d’autres condi tions et à par tir d’autres exi gences (pré ca ri té fi nan cière, pau vre té ma té rielle, ama teu‐ risme obli ga toire, thé ma tique de re cherche à ar ti cu ler avec la thé ma‐ 13 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer tique de créa tion, pré sen ta tion hors cadre, durée ac cep table, là aussi, ex pé ri men ta tion pos sible, di men sion mi li tante ou pé da go gique…), hors de toute lo gique com mer ciale et ins ti tu tion nelle. Un art mar gi nal exis te rait donc tou jours mais on le trou ve rait dans des es paces nou vel le ment mar gi naux, qu’il convien drait d’exa mi ner de près, tels qu’In ter net et l’Uni ver si té. 14 Ainsi, alors que les «arts de la rue» ont pu s’ins ti tu tion na li ser en par‐ tie (Guyez, 2017), les «arts de la fac» de meurent mé con nus; quant à la «créa tion connec tée» (Cha te let, Rueda, Sa vel li, 2018) per due dans la masse des offres nu mé riques mais libre d’exis ter sur le grand es‐ pace «dé mo cra tique» d’In ter net, elle est étu diée d’un point de vue en ma jo ri té com mu ni ca tion nel ou so cio lo gique, et il est rare que l’on s’in ter roge, comme je sou haite le faire ici, sur sa va leur es thé tique et/ou po li tique. 15 Que peut va loir un fan vid sur youtube, quand bien même seraitil vu par des mil liers de per sonnes ou des di zaines de mil liers de fois et com men té par ses spec ta teurs ou spec ta trices comme une œuvre d’art (Chris tophe, Plana, 2018)? Que peut faire, es thé ti que ment et po‐ li ti que ment, aux formes des arts ins ti tu tion na li sés et aux re pré sen ta‐ tions do mi nantes des iden ti tés ou des sexua li tés une per for mance plas ti cienne trans fé mi niste pré sen tée dans et pour un col loque uni‐ ver si taire ou en core l’adap ta tion d’un conte clas sique co réen en manga yuri (les bien), tra duit par des fans et rendu ac ces sible gra tui‐ te ment sur des pla te formes et des sites en lec ture sur écran? 16 Qu’estce qui se crée vé ri ta ble ment à la marge au jourd’hui, en de hors des ins ti tu tions cultu relles ou au sein d’ins ti tu tions comme l’Uni ver‐ si té dont lesens tra di tion nel et de puis long temps dis cu té (dis pen ser des sa voirs et pré pa rer des jeunes gens au mar ché du tra vail) est re‐ pen sé, sub ver ti, hy bri dé ou élar gi? Qu’estce qui consti tue soimême sa «cité» faute d’avoir, au sein de ce qui existe déjà, droit decité? 17 Pour ré pondre à ces ques tions, à une époque ca rac té ri sée par la mo‐ bi li té post mo derne et néolibérale des normes, des cri tères et des va‐ leurs qui gou vernent le goût do mi nant, par la ré cu pé ra tion com mer‐ ciale et idéo lo gique, ultrarapide, d’un cer tain nombre d’ex pé riences di gestes et non pas, selon le mot de Fré dé rique Vil le mur, «in tem pes‐ tives» (2015, p. 112), de trans gres sion for melle et po li tique, et sur tout 18 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer d’opa ci té des cadres ins ti tu tion nels dits sa vants, mais tout à fait in‐ ternes au MIC, il semble utile de re dé fi nir ce que l’on en tend par «marge». Aux marges du MIC : l’Uni ver si té et In ter net L’exer cice de la ré sis tance se situe […] au ni veau des usages et des pra tiques qui peuvent éga le ment dé bou cher sur des pro duc tions al ‐ ter na tives et in flé chir réel le ment les conte nus des in dus tries cultu ‐ relles (Bour cier, 2011, p. 69). De puis une di zaine d’an nées, on as siste sur youtube, qui n’est qu’un exemple d’es pace de dépôt de la créationréception des fans, et à l’Uni ver si té, très an cienne ins ti tu tion dé diée à la trans mis sion des sa‐ voirs aca dé miques, à l’ex plo sion de pra tiques pauvres et gra tuites, hy brides à bien des égards, liées à la pé da go gie, à la re cherche, au mi‐ li tan tisme, à l’ama teu risme ou à la pré pro fes sion na li sa tion ar tis tique des étu diant.e.s et ne né ces si tant pas, par consé quent, de moyens éco no miques im por tants, de ré seaux socioculturels dé ve lop pés, ni même (par exemple dans le théâtre uni ver si taire) de di plo ma tion spé‐ cia li sée. 19 Ces pra tiques peuvent être ex trê me ment in di vi duelles et sin gu lières comme col lec tives et in ter dis ci pli naires ; elles peuvent être po pu‐ laires ou sa vantes dans leurs ins pi ra tions ou dans leurs ef fets, mais aussi hy brides sur le plan des va leurs, au tre ment dit popsavantes, ou des dis po si tifs en trou blant, par exemple, la bi na ri té créa tion/ré cep‐ tion. Elles peuvent être à la fois ex pé ri men tales et ac ces sibles, parce que liées à la re cherche et la pé da go gie à la fac, ou en core en ra ci nées dans une culture com mune mon dia li sée, en cline à se dé bri der, voire à se sub ver tir, à l’épreuve d’une fan tas ma tique ou d’un mi li tan tisme queer, sur In ter net. 20 D’un accès libre, tant à la créa tion qu’à la ré cep tion, mais très lo ca li sé ou, à l’in verse, po ten tiel le ment de masse, ces deux es paces ont en com mun de n’être pas des cadres d’artnor maux ou «évi dents» – et donc contrô lés par les lo giques ex ternes, po li tiques, com mer ciales, cultu relles ou so ciales, du MIC. 21 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer C’est pour quoi, sans doute, ils au to risent des modes ar tis tiques de re‐ pré sen ta tion, des pra tiques et des pro blé ma ti sa tions des iden ti tés et des sexua li tés qui peuvent s’avé rer en dé ca lage es thé tique et po li‐ tique avec l’ho ri zon d’at tente do mi nant, et par consé quent aptes à en an ti ci per ou à en ins pi rer l’ave nir. 22 Au jourd’hui, il pa raît lé gi time de se de man der si la créa tion de la marge, terme à conno ta tion spa tiale et gra phique de ve nue sym bo‐ lique, fait bel et bien niche sub ver sive dans les grandes mai sons la bel‐ li sées et mé dia ti sées de pro duc tion et de dif fu sion ar tis tique (mu sées, théâtres, centres cho ré gra phiques, pôles cirque, mé dias cultu rels, mai sons d’édi tion…) au sein, par exemple, de leur pro gram ma tion ou col lec tions «émer gence», «coup de pouce», ou autre «su per no‐ va10».On peut même se de man der si une créa tion la bel li sée fé mi‐ niste ou queer, pen sée et for ma tée pour être com pa tible avec le MIC tel qu’il est, est tou jours qua li fiable, au prisme d’une ap proche es thé‐ tique et po li tique ser rée, de fé mi niste et de queer11. 23 En tout cas, on ne peut nier qu’une autre créa tion que celle qui reste nor ma ti ve ment dé ter mi née par le MIC qui la pro meut, une créa tion plus ou moins ir ré cu pé rable par ses for mats im po sés, se dé ve loppe dans des es paces réel le ment mar gi naux parce que soup çon nés, dé‐ niés ou mé pri sés, dé tour nés de leur fi na li té ou qui voient leur fi na li‐ téaug men tée, comme on parle de «corps aug men té», tels qu’In ter‐ net et l’Uni ver si té. 24 Ces deux es paces sont en effet de ve nus, en marge de leurs mis sions ori gi nelles res pec tives, des es paces au to nomes de pro duc tion ar tis‐ tique (voire de créationréception anar chique comme les fan vids) par fois plus ou verts, libres et ins pi rants que les es paces consa crés du MIC. Il ar rive donc qu’y soient pro po sées des œuvres di ver gentes par leur «formecontenu», comme les deux créa tions étu diées ciaprès et qui, après exa men es thé tique et po li tique, vont s’avé rer plus fé mi‐ nistes et queer que nombre d’œuvres es tam pillées «fé mi nistes» ou «queer» au sein du MIC. 25 En re non çant bon gré mal gré aux moyens et dis po si tifs ha bi tuels, for ma tions re quises et ré seaux consti tués, ca naux de com mu ni ca tion et de dif fu sion im po sés, en s’of frant ar ti sa na le ment dans des es paces d’accès libre et gra tuit, ces œuvres créées dans, par et pour la marge de l’ins ti tu tion ar tis tique se rendent aptes à évi ter les cen sures thé ‐ 26 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer ma tiques et for melles sou vent oc cultes qui do minent le MIC: re pré‐ sen ta tions et formes «dé mo dées» ou «à la mode», images pré con‐ çues de l’ar tiste in di vi dua li sé, jar gon sec taire du mi lieu ar tis tique, dis‐ tinc tion hié rar chique entre créa tion et ré cep tion, sou tien des ré seaux ins tal lés, adou be ment des an ciens ou des pairs, etc. Contraintes par ailleurs d’ex ploi ter dia lo gi que ment les obs tacles et les li mites des es paces pauvres et in adap tés qu’ils in ves tissent ou dé‐ tournent sur les plans ma té riel et sym bo lique, dans la tra di tion de la per for mance plas ti cienne mi li tante (Plana, 2019), les au teur.e.s de ces œuvres n’ont pas tou jours figé en leur es prit ce que si gni fie «créer» dans un mar ché cultu rel éta bli, ni in té gré l’iden ti té es sen tia li sée de l’ar tiste contem po rain, en core trop sou vent in di vi dua liste, mas cu li‐ niste, hé té ro nor mée et cis nor mée. 27 Ainsi, leurs pro duc tions, sou vent hy brides entre tra di tion « clas‐ sique » et folle mé ga lo ma nie, culture sa vante et culture po pu laire, pé da go gie, art et re cherche ex pé ri men tale, art, ac tion so ciale et mi li‐ tan tisme, peuvent être at ta quées, par fois à juste titre, comme peu exi geantes es thé ti que ment, mais elles le sont sur tout, hélas, pour la rai son qu’elles as pi re raient des pu blics qui de vraient être ex clu si ve‐ ment cap tés par le MIC et qu’elles les en fer me raient dans une concep tion dé pas sée, pour ne pas dire «rin garde», de l’art contem‐ po rain. 28 De fait, ces dé marches plus ou moins anar chiques, créa tions d’un «n’im porte qui» (Ran cière, 2008) pour le moins dé mo cra tique, sont sou vent cri ti quées ou dé dai gnées au sein du MIC, comme l’est par tra di tion tout ama teu risme, parce qu’elles né gligent et/ou fra gi lisent sym bo li que ment les sta tuts (qui ne sont pas des ac tions créa tives mais des iden ti tés socioprofessionnelles) et les pri vi lèges as so ciés à ces sta tuts. En effet, en re fu sant d’être l’otage de la re con nais sance du MIC, elles brouillent et sub ver tissent les mis sions, là aussi «iden ti‐ taires», des ins ti tu tions et des pro fes sions de l’art et de la culture. Elles re pré sentent pour elles une concur rence dif fi cile à me su rer et à contrer ou, mieux en core, stra té gie ty pi que ment post mo derne, à contrô ler et à ab sor ber. 29 Or, comme l’a mon tré entre autres le tra vail de M. M. MervantRoux 12 (2006, p. 87) sur les « fi gu ra tions du spec ta teur », ces ac cu sa tions deconcur rence dé loyale et deper ver sion du goût sont assez im pos‐ 30 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer ment, à éclai rage sale ou cli nique, avec des sons ex té rieurs gê nants, de pos sibles in ter rup tions, en trées ou sor ties in tem pes tives, un pu‐ blic de cher cheurs, cher cheuses, étu diant.e.s, per son nels ad mi nis tra‐ tifs, plus pré pa ré à en tendre des com mu ni ca tions qu’à as sis ter à une per for mance trans fé mi niste). Pour l’ar tiste, en outre, une re la tion étroite entre re cherche et créa‐ tion, à quoi s’ajoute son mi li tan tisme trans fé mi niste, de vait être af fir‐ mée par la tenue de la per for mance non sur une scène, même peu conven tion nelle comme celle de Mixart, mais dans une salle quel‐ conque, en aucun cas pré vue pour la créa tion, de l’Uni ver si té. La per‐ for mance ne pou vait pas avoir lieu dans un es pace qui était certes ini tia le ment un squat mais qui est de ve nu une sorte d’Ins ti tu tion tou‐ lou saine de la Marge (au sens large) puisque vouée à l’ac com pa gne‐ ment ar tis tique et à la dif fu sion de créa tions scé niques et per for ma‐ tives dites émer gentes. 50 J’ima gine qu’il s’agis sait enfin, pour Pou Sein, selon l’idée qu’une per‐ for mance ne se ré pète pas, ne se représente pas, de me sur prendre, puisque j’étais la cause di recte et in di recte de sa pro gram ma tion et, pour cou ron ner le tout, spé cia liste de théâtre («théâtre» du quel la per for mance plas ti cienne his to rique et mi li tante se dis tingue pour se dé fi nir), et de dé ca ler et sub ver tir l’ana lyse pré vue dans ma com mu ni‐ ca tion d’une an cienne per for mance, que le pu blic n’ap pré hen de rait donc pas, sinon à tra vers mon évo ca tion, par la pré sen ta tion d’une nou velle per for mance qui soit non une simple va riante de la pre‐ mière, mal gré un même titre ma li cieux, mais très dif fé rente dans son es thé tique, son dis cours et son effet. 51 Le pro to cole de la per for mance du 23 no vembre 2018 était le sui vant: nu in té gral plas ti cien de Pou Sein, ar tiste trans, avec aver tis se ment préa lable et pos si bi li té lais sée à cha cun.e de sor tir avant qu’il ait lieu, cir cu la tion simple dans la salle, éclai rage pauvre par une am poule bran chée à une prise avec une longue ral longe et traî née par le per‐ for mer dans tous ses dé pla ce ments dans la salle, lec ture à voix haute puis dis tri bu tion in di vi duelle au pu blic de pe tits pa piers tirés d’une boîte noire, où étaient notés des noms de vic times de trans pho bie, avec lieu et date de leur décès. 52 Avant de com men cer, Pou Sein donne la res pon sa bi li té aux or ga ni sa‐ teurs du col loque de dé ci der de la fin de la per for mance en l’in ter ‐ 53 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer rom pant en fonc tion de la durée qu’ils lui ac cordent dans leur pro‐ gramme. Le terme ne peut pas être de la dé ci sion du per for mer puis‐ qu’il s’agit pour lui de cé lé brer et de com mé mo rer des morts – et il n’y a pas de rai son qu’il ar rête avant d’avoir énon cé la to ta li té des noms concer nés. La voix simple du per for mer égrène donc ces noms pen dant plus d’une demiheure, des noms que nous dé cou vrons écrits, figés sur les pe tits pa piers que de temps en temps nous re ce‐ vons (j’en re çois trois ou quatre pen dant la séance); le corps du per‐ for mer s’ap proche de cha cun.e, d’un pas tran quille et ré gu lier; nulle agres si vi té; nulle fron ta li té; nul effet de sur prise; nulle vo lon té de jeu ou de re pré sen ta tion; cette per for mance, que je dé couvre donc ce jourlà, re cèle en core moins de théâ tra li té à pro je ter par une spec‐ ta trice telle que moi («théâ tro ma niaque») que celle dont j’ai prévu de par ler. Il n’y a presque rien à voir, ici, rien à ra con ter, rien à dra ma ti‐ ser, rien à «fic tion ner». Le corps, cette fois, ne se re couvre pas de mots écrits par le per for mer sous la dic tée du pu blic ou par le pu blic. Aucun livre cor po rel ou corps gra phique ne se fa brique. Je ne peux tou te fois pas m’em pê cher d’in ter pré ter, de com pa rer avec d’autres œuvres (je pense ici à la scène sym bo liste) et de pro duire du sens. Le corps du per for mer m’ap pa raît comme un spectre trouble et glis sant. Je suis as sise au pre mier rang. Sui vant mon ha bi tude dans ces contextes de dé am bu la tion de l’ar tiste, je ne suis pas sa cir cu la tion du re gard. Je ne tords pas le cou pour tout sai sir vi suel le ment. Je ferme les yeux. Je mets la tête entre mes mains. Je suis au re cueille ment au‐ di tif, au si lence in té rieur, en l’oc cur rence, à l’in vo ca tion de vies in con‐ nues dé truites par la vio lence, d’his toires in ter rom pues pour cause d’« iden ti té ». Quand Pou Sein s’ap proche de moi, je le re père à l’oreille, je re lève la tête et je tends la main pour re voir un nou veau pa pier. Les mots ne sont pas à écrire, cette fois; ils sont déjà écrits. Les noms. Les dates. Les pays. Le temps passe len te ment à ce ri tuel. On a la sen sa tion de l’épais seur de la durée. Il y a tou jours en core des pe tits pa piers, tou jours d’autres noms. La liste, in ter na tio nale, pa raît in ter mi nable. Le ri tuel tient à la dis tri bu tion qui ne s’in ter rompt pas, à la ré pé ti tion avec thème et va ria tion, à la mu si ca li sa tion ver bale, pro duc trice (chez moi en tout cas) d’une sorte de transe; l’émo tion me gagne sans bru‐ ta li té et, d’après le té moi gnage de la res pon sable ad mi nis tra tive d’LLACREATIS, en trée pen dant la per for mance, res tée au fond dans 54 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer la salle et qui ne sa vait ab so lu ment pas à quoi s’at tendre, la gagne ellemême, et l’en semble du pu blic. La créa tion, qui n’a rien d’éli tiste, rien d’her mé tique, de cet ar tiste mi‐ li tant trans fé mi niste, de vient po li tique d’une autre ma nière que la pré cé dente, dont j’ai mon tré la po li ti ci té spé ci fique par rap port à la «per for ma ti vi té» post mo der niste des scènes théâ trales ins ti tu tion‐ nelles; elle le de vient non tant par la li ber té qu’elle me lais se rait de théâ tra li ser, de «fic tion ner» à par tir d’elle, quoique je le fasse un peu quand même, mais par sa di men sion à la foismé ta phy sique et mi li‐ tante. Les pe tits pa piers: au tant de cer cueils que nous re te nons dans le creux de nos mains et qui nous poussent à cher cher, aussi, à pen‐ ser, à com prendre... Nous par ta geons un lien, à l’évi dence, un deuil, au pré sent, à l’Uni ver si té et en rup ture avec l’espacetemps uni ver si‐ taire, et nous mé di tons sur une vio lence ci blée, mé dia ti que ment oc‐ cul tée. Cette autoexhibition de Pou Sein est celle de ses mort.e.s, qui de viennent nos mort.e.s. Il ne les re pré sente pas, ni ne parle à leur place, mais, tel un mé dium « or di naire », il les fait ap pa raître sur notre scène in té rieure. Grâce à lui, une mé moire com mu nau taire s’uni ver sa lise à tra vers une très simple et très pauvre (à la li mite du dé nue ment) ac tion per for ma tive. 55 La per for mance ne re tourne au cune vio lence contre son pu blic, car Pou Sein, quoique nu, ex po sé et maître du pro to cole, quoique saisi dans une ac tion dif fé rente de notre ac tion, ne nous oblige à rien et ne se dis tingue pas par es sence du reste de l’as sem blée. L’œuvre ne hié‐ rar chise pas, ne culpa bi lise pas, ne pro duit ni voyeu risme ni ré duc‐ tion. Elle n’in ti mide pas son pu blic non ini tié à la per for mance ou au trans fé mi nisme, du fait de sa forme, comme on l’a vu, mais aussi, sans nul doute, parce que l’es pace où elle est pré sen tée est vé ri ta ble ment mar gi nal (hors ins ti tu tion, dénué de l’au to ri té cultu relle, sym bo lique, que confèrent le musée ou le théâtre, lieux de l’Art va li dé comme tel). Le pu blic est plu tôt as so cié, à tra vers un dé bor de ment po li tique de l’es pace de la créa tion sur l’es pace de la re cherche, et viceversa à tra vers la re la tion dia lo gique spec ta teur/ar tiste, à l’iden ti té hy bride, pro pre ment queer, de la pro po si tion ar tis tique. 56 Il faut ima gi ner, par consé quent, dans quel état de trouble je me trouve quand je prends place, une fois la per for mance in ter rom pue, der rière la table des in ter ve nant.e.s avec ma com mu ni ca tion à li vrer. 57 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer Je dois re trou ver ma voix nouée, adap ter mon pro pos, im pro vi ser sur le champ une ré cep tion pu blique de la per for mance qui vient d’être don née, ré cu pé rer un corps et un «ges tus» de cher cheuse en re pré‐ sen ta tion. J’émets alors quelques mots de com men taire, dont cer‐ tains, je pense, fi gurent cidessus. Ce fai sant, je me sens étrange et dé cen trée – hy bri dée: quee ri sée. J’ai l’im pres sion non de pré sen ter ma ré flexion préa lable à un pu blic uni ver si taire mais de re créer en di‐ rect mon in ter ven tion, dont je ne fais en suite que pi co rer des élé‐ ments dans mon texte, comme si je m’étais mise à pen ser en di rect et plus cor po rel le ment ou comme si je ve nais d’in cor po rer ma théo ri sa‐ tion. De cette per for mance, je me sou viens bien; de ma com mu ni ca tion, j’ai ou blié le cours et la lettre sur le mo ment, mais non l’état d’être sin gu lier, in com pa rable, dans le quel je l’ai don née. 58 Conclu sion Les deux œuvres étu diées, liées à des es paces al ter na tifs de dif fu sion et/ou de créa tion, in ter rogent, en les ar ti cu lant, un cer tain nombre de bi na ri tés : entre fé mi nin et mas cu lin, po pu laire et sa vant, par exemple, mais aussi entre vi vant et mort, es pace du sa voir, es pace du mi li tan tisme et es pace du deuil. Elles re lèvent donc ef fec ti ve ment d’une po li tique et d’une es thé tique queer, d’ordre fic tion nel, pour l’une, per for ma tif, pour l’autre. 59 Certes, l’im pact so cial et cultu rel des re pré sen ta tions que ces créa‐ tions tra vaillent semble li mi té, du moins à court ou moyen terme, et on peut leur re pro cher de ne tou cher qu’un pu blic res treint et déjà sen si bi li sé, voire dé ter mi né par une lo gique ter ri to riale, so ciale, com‐ mu nau taire, mi li tante et/ou dis ci pli naire. Fait plus pro blé ma tique en‐ core, l’es pace libre et pauvre où elles sont don nées à dé cou vrir (In ter‐ net, mais aussi l’Uni ver si té qui ne ré mu nère pas, sauf ex cep tion, le chercheurartiste-étudiant) pose des pro blèmes de droits et de ré‐ mu né ra tion des créa teurs/créa trices (ou des tra duc teurs/tra duc‐ trices pro fes sion nel.le.s), comme en té moigne Her shim Cheong, dont la dif fu sion est in ter rom pue à l’épi sode 67 sur le fansite an glo phone qui le tra dui sait. Tou te fois, ne doiton pas se fé li ci ter que des fans, sou cieux d’élar gir le champ des re pré sen ta tions queer, aient of fert à ce manga co réen yuri un des tin horsnorme en termes po li tiques (at ‐ 60 Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer BIBLIOGRAPHY Ben ha mou, AnneFrançoise (dir.), Met‐ teuses en scène, Le théâtre at-il un genre ?, Ou treS cène, Stras bourg, La Revue du Théâtre Na tio nal de Stras‐ bourg, n 9, mai 2007. Biwan et Séri, Her Shim Cheong, 2019. Bour cier, Sam (MarieHélène), Queer Zones 3. Iden ti tés, cultures, po li tiques, Paris, Édi tions Am ster dam, 2011. Chanwook, Park, Ma de moi selle, 2016. Cha te let, Claire, Rueda, Aman da et Sa‐ vel li, Julie (dir.), Les formes au dio vi‐ suelles connec tées, Pra tiques de créa tion et ex pé riences spec ta to rielles, AixenProvence, PUP, «Di gi tales», 2018. Chris tophe Thi baut et Plana, Mu riel, « Vers une quee ri sa tion de la culture nu mé rique. Le vid ding sur youtube ou com ment re vivre ses scènes pré fé‐ rées », in Claire Cha te let, Aman da Rueda et Julie Sa vel li (dir.), Les formes au dio vi suelles connec tées. Pra tiques de créa tion et ex pé riences spec ta to rielles, Aixen-Provence, PUP, « Di gi tales », 2018. Fou cault, Mi chel, His toire de la sexua li té I, La Vo lon té de sa voir, Paris, Gal li mard, « Tel », 1976. Guyez, Ma rion, Hy bri da tion de l’acro ba‐ tie et du texte sur les scènes cir cas‐ siennes contem po raines. Dra ma tur gie, fic tion et re pré sen ta tions. Doc to rat en arts du spec tacle, sous la di rec tion de Mu riel Plana et de Phi lippe Ortel, Uni‐ ver si té Tou louse Jean Jau rès, 2017. teindre des pays où les re pré sen ta tions queer sont rares ou in ter‐ dites), éco no miques (at teindre des pu blics hors du mar ché du manga) et es thé tiques (pro mou voir dans la masse des man gas pro duits, y com pris yuris, des œuvresspé ciales et di ver gentes)? Étant donné mon ab sence de culture manga, le MIC ne m’au rait cer‐ tai ne ment pas per mis de dé cou vrir cette œuvre yuri co réenne extrêmecontemporaine aussi pré co ce ment et fa ci le ment que ne l’a fait le tra vail des fans, à tra vers le site man ga soul et un par tage sur youtube. 61 Rien d’éton nant non plus à ce que, faute de ré flexe cultu rel dans le do maine des arts plas tiques contem po rains mal gré ma fré quen ta tion des œuvres fic tion nelles queer, ma conver sion spec ta to rielle, comme celle de la res pon sable ad mi nis tra tive du la bo ra toire LLACREATIS, à l’art spé ci fique de la per for mance plas ti cienne trans fé mi niste ait eu lieu dans un es pace uni ver si taire heu reu se ment sub ver ti par l’art de Pou Sein. 62 o Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer NOTES 1 J’uti li se rai par la suite cet acro nyme (qui calque de ma nière amu sante le très tech nique MIC «mo du la tion par im pul sions et codée») pour dé si gner une réa li té do mi nante d’or ga ni sa tion du mar ché de l’art (tous les arts, lit té‐ ra ture com prise) en ré gime post mo derne (1980 à nos jours). 2 J’au rais pu par ler des es pacesmi li tants ou as so cia tifs qui pro posent à des œuvres (ama teurs, pro fes sion nelles, uni ver si taires), de com mande ou non, de s’ar ti cu ler avec des confé rences, des sé mi naires, des tablesrondes, etc.). Mais les ac ti vi tés uni ver si taires d’en sei gne ment (cours, sé mi naires, re grou‐ pe ments…) et de re cherche (jour nées d’étude, col loques, sé mi naires, Hé bréard, Ca mille (dit Pou Sein), Autoexhibition 23 no vembre 2018, Uni ver si té Tou louse Jean Jau rès, Tou louse, 2018. Hei nich, Na tha lie et Sha pi ro, Ro ber ta (éds.), De l’ar ti fi ca tion. En quêtes sur le pas sage à l'art, Paris, EHESS, 2012. Iri ga ray, Luce, Ce sexe qui n’en est pas un, Paris, Les Édi tions de Mi nuit, «Cri‐ tique», 1977. Leh mann, HansThies, Le Théâtre post‐ dra ma tique, tra duit de l’al le mand par PhilippeHenri Ledru, Paris, Édi tions de L’Arche, 2002. Louis, Edouard, His toire de la vio lence, Seuil, 2016. Mar quié, Hé lène, « Jeux de genre(s) dans la danse contem po raine»,Jour nal des an thro po logues, n 124-125, 2011, p. 287-309. MervantRoux, MarieMadeleine, Fi gu‐ ra tions du spec ta teur. Une ré flexion par l’image sur le théâtre et sur sa théo rie, Paris, L’Har mat tan, « L’uni vers théâ tral », 2006. Os ter meier, Tho mas, His toire de la vio‐ lence, Théâtre de la Ville, 2019-2020. Plana, Mu riel, Théâtre et fé mi nin, iden‐ ti té, sexua li té, po li tique, Dijon, Édi tions Uni ver si taires de Dijon, « Écri tures », 2012. Plana, Mu riel, Théâtre et po li tique. Mo‐ dèles et concepts, Paris, Ori zons, «Com‐ pa rai sons», 2014. Plana, Mu riel, Fic tions queer. Es thé tique et po li tique de l’ima gi na tion, Dijon, Édi‐ tions Uni ver si taires de Dijon, «Es sais», 2018. Plana, Mu riel, «Un art po li tique à l’ère post mo derne : per for ma ti vi té et théâ‐ tra li té », in Em ma nuelle Gar nier (dir.), Per for mance et signes du po li tique, De‐ grés, Bruxelles, 47 année, n 177-178179, printempsété-automne 2019. Ran cière, Jacques, Le Spec ta teur éman‐ ci pé, Paris, La FabriqueÉditions, 2008. Vil le mur, Fré dé rique, «Le dis sol vant du queer estil so luble dans l’air?», in Mu‐ riel Plana, Fré dé ric Sou nac et alii (dir.), Es thé tique(s) queer, Dijon, Édi tions Uni‐ ver si taires de Dijon, «Ecri tures», 2015. Wa ters, Sarah, Du bout des doigts (Fin‐ gers mith), tra duit de l’an glais par Erika Abrams, Paris, 10/18, 2005. o e o Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer congrès, com mu ni ca tions, en tre tiens, tablesrondes…) m’ont paru plus ai‐ sées à trai ter dans ce cadre puisque je suis ini tia trice ou ob ser va trice de puis plu sieurs an nées dans mon uni ver si té de telles ex pé riences à l’ar ti cu la tion de la créa tion, de la re cherche et de la pé da go gie. 3 Cette mé tho do lo gie a été ex plo rée dans le cadre des tra vaux de re‐ cherche col lec tifs au sein du la bo ra toire LLACREATIS dans le pro gramme « Es thé tique et po li tique du corps » (2014-2019). Ar ti cu lant ana lyse des formes et des dis po si tifs ar tis tiques, sai sis dans leur his to ri ci té et dans leur au to no mie, du point de vue de la ré cep tion et ap ports cri tiques et po li tiques de l’en semble des sciences hu maines, elle s’ins crit donc à la marge et dans un rap port de dia logue avec la mé tho do lo gie so cio cri tique, dont elles ne re‐ lèvent pas stric te ment. 4 «Dans notre mi lieu, on ne perd ja mais une oc ca sion de tem pê ter contre l’in dus trie au dio vi suelle et de bran dir fiè re ment ré sis tance ar ti sa nale et bonne conscience de gauche, mais la vé ri té, c’est qu’il y a beau coup plus de per son nages fé mi nins in té res sants dans les sé ries té lé vi sées amé ri caines que dans le théâtre sub ven tion né fran çais». 5 Je me ré fère ici à la pré sence au se cond tour de l’élec tion pré si den tielle de 2020 du can di dat du Front Na tio nal JeanMarie Le Pen. 6 Voir les tra vaux en cours de sé mi naire in ter dis ci pli naire, dans le cadre du la bo ra toire LLACREATIS, «Iden ti tés de l’ar tiste dans les dis cours lit té‐ raires, ar tis tiques, mé dia tiques et des sciences hu maines». https://llacreat is.univtlse2.fr/ac cueil/na vi ga tion/manifestationsscientifiques/identites -de-l-artiste-dans-les-discours-litteraires-artistiques-mediatiques-et-dessciences-humaines-700827.kjsp?RH=1542186715319 7 Voir par exemple le livre d’Édouard Louis, His toire de la vio lence (Seuil, 2016) ainsi que le spec tacle de Tho mas Os ter meier qui en est tiré (Théâtre de la ville, 2019-2020), ainsi que l’ar ticle cri tique, qui porte sur le spec tacle, de Lucie Co meaux: https://www.fran ce cul ture.fr/theatre/histoirede-la-vi olence-ou-comment-le-theatre-defait-la-pensee/ 8 Voir le pre mier tome de l’His toire de la sexua li té de Mi chel Fou cault : «Om ni pré sence du pou voir : non point parce qu’il au rait le pri vi lège de tout re grou per sous son in vin cible unité, mais parce qu’il se pro duit à chaque ins tant, en tout point, ou plu tôt dans toute re la tion d’un point à un autre. […] [L]es re la tions de pou voir ne sont pas en po si tion d’ex té rio ri té à l’égard d’autres types de rap ports (pro ces sus éco no miques, rap ports de connais‐ sance, re la tions sexuelles), mais […] leur sont im ma nentes; […] les re la tions Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer de pou voir ne sont pas en po si tion de su per struc tures, avec un simple rôle de pro hi bi tion ou de re con duc tion ; elles ont, là où elles jouent, un rôle di‐ rec te ment pro duc teur […]» (1976, p. 122-124). 9 Une re la tion est «dia lo gique» si elle est éga li taire, ef fec tive et res pecte l’au to no mie des élé ments mis en rap port. 10 Théâtre So ra no (Tou louse): http://theatresorano.fr/su per no va/ 11 Pré fé rant me concen trer ici sur l’ana lyse d’une créa tion fé mi niste et queer en marge du MIC et non sur la cri tique, à l’épreuve de l’étude es thé‐ tique et po li tique des œuvres pré sen tées, de la ré cu pé ra tion contes table par des ar tistes ou ins ti tu tions des termes de «queer», «fé mi niste» ou «po li‐ tique», je ren ver rai aux tra vaux pré cur seurs et éclai rants d’Hé lène Mar quié, par ti cu liè re ment à son ar ticle «Jeux de genre(s) dans la danse contem po‐ raine» (Mar quié, 2011). Concer nant le théâtre, des dé ve lop pe ments com pa‐ rables fi gurent dans Théâtre et po li tique. Mo dèles et concepts (Plana, 2014) et Fic tions queer. Es thé tique et po li tique de l’ima gi na tion (Plana, 2018). 12 « L’Autre que l’on aime à in vo quer est un Autre de com po si tion. ‘Que pouvonsnous trans mettre à ces gens ras sem blés ?’, se de mande […] Bruno Ta ckels. Il faut, ajoutet-il, ‘par ler au tre ment ; par ler en la place, de la place de ceux qui n’ont pas en core la pa role’. Qu’en saitil ? Parmi tous ‘ces gens ras sem blés’, il n’y au rait ni écri vain, ni écri vant, ni dé bat teur, ni en sei gnant, ni avo cat, ni ci toyen doué pour la dis cus sion, la syn thèse, l’in ter pel la tion po‐ lé mique, aucun co mique, aucun poète, aucun homme d’es prit ? ». 13 Shim Cheong, la fille de l’aveugle, édi tion et tra duc tion par Choi Yumi, Vil‐ leur banne, Lin gA sia Edi tions/ Bi lingue co réen/fran çais, 2015. On peut lire une tra duc tion an glaise du conte ori gi nal sous le titre Shim Cheong, the de‐ vo ted daugh ter, sur ce site: http://asian folk tales.unes co ap ceiu.org/folk tale s/read/korea_1.htm, consul té le 6/10/2019. 14 https://www.you tube.com/watch?v=MxMWBhZ5cII&list=PLm60Nr79gR 2uO1ez1cIn XvtkW4PRgjJ4f. Il s’agit du par tage de 34 épi sodes en tra duc tion an glaise (avec une bandeson) par l’in ter naute Lala Zsur la Pla te forme youtube, où je la dé couvre en juillet 2019. Les épi sodes ont été dé po sés du 15 juin (Epi sode 1. DonghwaDong Shim Cheong (Yuri manga)) au 17 juillet (Epi‐ sode 34: Re mem be red). On no te ra que les vi déos ont fait l’objet de quelques mil liers de vues (entre 2000 et 5000 vues selon les épi sodes) à la date du 6 oc tobre 2019. 15 https://man gaowl.com/single/47573/hershim-cheong. 57 épisodes y sont diffusés et présentés ainsi: «Set in his tor ical Korea, some le gends are Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer not com pletely told. This is the un told half of a le gend con cern ing a beg gar woman and the wife of a power ful min is ter». https://www.de li toon.com/ web toon/loindes-yeux. Sur ce site, 15 épi sodes sont ac ces sibles gra tui te‐ ment en tra duc tion fran çaise sous le titre Loin des yeux. 16 Voir «An nounce ment» de KittyChan : «Her ShimCheong is no longer in hi atus. It has been li censed by tappytoon under the new name of ‘Her tale of Shim Cheong’ and they have forced the fan trans la tion to cease»: htt ps://man gas oul.com/reader/1024/59/hershim-cheong (consulté le 22/10/2019). Voir: https://www.tap py toon.com/se ries/her shimch/1 17 «Jouer de la mi mé sis, c’est […], pour une femme, ten ter de re trou ver le lieu de son ex ploi ta tion par le dis cours, sans s’y lais ser sim ple ment ré‐ duire». 18 J’au rais pu étu dier, en effet, un nombre consé quent de pro duc tions fé mi‐ nistes et/ou queer don nées ces der nières an nées à l’Uni ver si té Tou louse JeanJaurès dans le cadre de cours de pra tique en arts, du Mas ter Écri ture Dra ma tique et Créa tion Scé nique du dé par te ment Art&Com, ou d’évé ne‐ ments de re cherche in ter dis ci pli naire du la bo ra toire LLACREATIS por tant sur l’art po li tique, le genre et/ou les sexua li tés, ou en core au sein de la créa tion étu diante uni ver si taire in dé pen dante. 19 J’avais pré pa ré pour ma com mu ni ca tion dans ce col loque l’ana lyse d’une autre per for mance du même ar tiste, dé cou verte quelques mois au pa ra vant dans un contexte éga le ment mar gi nal et hy bride (universitaropédagogicoassociativo-militant à l’Es pace des Di ver si tés de Tou louse). ABSTRACTS Français Cette étude s’at tache à des es paces al ter na tifs contem po rains (hors du mar‐ ché cultu rel et mé dia tique do mi nant) de re pré sen ta tions fé mi nistes et queer, en ex plo rant aussi bien leurs po ten tia li tés éman ci pa trices que leurs éven tuelles li mites ar tis tiques ou po li tiques. Elle montre en quoi ces es‐ paces pré sents sur In ter net (pla te formes, sites) mais aussi à l’Uni ver si té (évé ne ments de re cherche, cours de pra tique en arts, créa tions étu diantes), parce qu’ils ne dé pendent pas de moyens im por tants ni des ré seaux de pro‐ duc tion ou de dif fu sion tra di tion nels, peuvent échap per aux for ma tages es‐ thé tiques et idéo lo giques im po sés, sou vent im pli ci te ment, par les ins ti tu‐ tions cultu relles, ar tis tiques et mé dia tiques qui conti nuent de dé fi nir, en termes de va leur, de forme et d’iden ti té, les ob jets «lé gi times» de re pré‐ sen ta tion. Cer taines œuvres li bé rées dans ces es paces mar gi naux tra vaillent Aux marges du Marché Institué de la Création : deux espaces « pauvres » de représentations féministes et queer à des re pré sen ta tions du genre et des sexua li tés qua li fiables de cri tiques, de fan tas ma tiques ou d’uto piques, in ter ro geant des bi na ri tés liées à celles que trouble le point de vue queer (comme fé mi nin/mas cu lin ou homo/hé té ro), qui condi tionnent tou jours le Mar ché Ins ti tu tion na li sé de la Créa tion (MIC) : art po pu laire/sa vant ; ex pé ri men tal/mi li tant, per for mance/fic tion, ama‐ teu risme/pro fes sion na lisme, créa tion/ré cep tion, re cherche/créa tion/pé‐ da go gie. L’ana lyse esthéticopolitique concrète d’un manga co réen yuri (les‐ bien), Her Shim Cheong de Biwan et Seri, dé cou vert sur youtube, et d’une per for mance plas ti cienne Autoexhibition 23 no vembre 2018 de Pou Sein, pro duite dans le cadre d’un col loque uni ver si taire, ré vèle qu’aux marges du MIC ap pa raissent des œuvres ori gi nales et exem plai re ment fé mi nistes et queer. English This paper deals with two al tern at ive con tem por ary spaces open for fem in‐ ist and queer vis ions (out side of the dom in ant cul tural and media mar ket), ex plor ing their eman cip at ory pos sib il it ies as well as their pos sible artistic and polit ical lim its. It shows how these spaces on the in ter net (web plat‐ forms, web sites) but also at the uni ver sity (sci entific events, art prac tical courses, the uni ver sity theatre), de pend ing neither on sub stan tial re sources nor on tra di tional pro duc tion or broad cast net works, can es cape – often im pli citly – from ideo lo gical and aes thetic con form ity through cul tural, arts and media in sti tu tions that con tinue to define the «le git im ate» is sues of rep res ent a tion, their value, forms and iden tit ies. Some works that ap pear in these un usual spaces deal with gender and sexu al ity is sues in a critic, fant‐ as matic or Uto pian way, ques tion ing the bin ar ism linked to the du al it ies that a queer ap proach may dis rupt (fe male/male; gay/straight, etc.), still con di tion ing the Cre ation Mar ket and In sti tu tion (CMI); pop u lar/in tel lec‐ tual; ex per i mental/mil it ant; per form ance/fic tion; am a teur ism/pro fes sion‐ al ism; cre ation/re cep tion; sci entific re search/cre ation/ped agogy. The con‐ crete study – con duc ted from a polit ical and aes thetic point of view – of a yuri (les bian) manga, Her Shim Cheong by Biwan and Seri, found on a video plat form (youtube), and of the art per form ance Autoexhibition 23 novembre 2018, given by Pou Sein dur ing an aca demic con fer ence, shows how ori ginal and ex em plary fem in ist and queer works ap pear in the mar gins of the CMI. Español Este ar tícu lo ex plo ra, fuera del mer ca do cul tu ral y me diá ti co do mi nan te, los es pa cios al ter na ti vos con tem po rá neos de re pre sen ta cio nes fe mi nis tas y queer, evo can do tanto sus po ten cia li da des eman ci pa do ras como sus po si‐ bles lí mi tes ar tís ti cos o po lí ti cos. Es tu dia cómo aque llos es pa cios pre sen tes en la red (pla ta for mas, si tios web) y tam bién en la Uni ver si dad (con gre sos cien tí fi cos, cur sos prác ti cos de arte, crea cio nes uni ver si ta rias) – ya que no de pen den de re cur sos im por tan tes ni tam po co de redes tra di cio na les de pro duc ción o di fu sión – pue den es ca par de las nor mas es té ti cas e ideo ló gi‐ cas que si guen de fi nien do los ob je tos le gí ti mos de re pre sen ta ción, sus va lo ‐