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APUNTES DE VIAJE D´ISABEL PESADO DE MIER. ENTRE ECRITURE DU DEUIL ET ECRITURE DU MONDE Assia MOHSSINE Université Blaise Pascal – CELIS Gimo, al pensar que está lejos La patria, que el alma adora (PESADO, Apuntes: 32) Palabras clave: Isabel Pesado de Mier, crónica de viaje XIXe , escritura del duelo, romanticismo, México. Resumen: E n 1870, para superar el dolor ocasionado por la muerte del único hijo que logró concebir, la poetisa romántica Isabel Pesado viajó, en compañía de su esposo Antonio de Mier y Celis y de su hermana Carmen Pesado, a Estados unidos y Europa. El largo viaje que dura tres años desde 1870 hasta 1872 ha de ser considerado como enfoque terapéutico que tiene por objeto la recuperación y reconstrucción de su subjetividad naufragada. En este sentido, el viaje implica desplazamiento físico y travesía por el interior del sujeto, naufragio y renacimiento, exploración de la alteridad y cuestionamiento identitario. A la vez crónica de viaje, diario íntimo y escritura poética, Apuntes de viaje intentan, a lo largo de las 625 páginas, exorcizar el dolor de una madre. Es nuestro propósito demostrar cómo la escritura del duelo transfi gura el relato de viaje al refundar sus signifi ca-
278 Sociocriticism 2014 - Vol. XXIX, 1 y 2 dos y códigos, articulando un discurso propio sobre lo privado y lo público, lo femenino y lo masculino. Mots-clés: Isabel Pesado de Mier, récit de voyage XIXe, écriture du deuil, romanticisme, México. Résumé: En 1870, toute entière à son deuil après la disparition de son fi ls unique, la poétesse romantique Isabel Pesado part en compagnie de son mari Antonio de Mier y Celis et de sa sœur Carmen Pesado, aux Etats-Unis et en Europe dans l´espoir de se refaire une santé. Le départ hors de la patrie — qui dure trois ans de 1870 à 1872 — demande à être pensé comme une démarche thérapeutique qui vise la reconquête de soi et la reconstruction de sa subjectivité naufragée. Compris ainsi, le voyage signifi e à la fois le lieu du naufrage et de la renaissance, le déplacement vers l´ailleurs et la traversée intérieure, la découverte de l´autre et le questionnement identitaire. A la fois récit de voyage, journal intime et écriture poétique, Les Notes sont, au fi l des 625 pages, un regard sur soi et sur le monde dont le but ultime est d´exorciser la douleur d´une mère. Il nous revient donc de montrer comment l´écriture du deuil fonde et transfi gure le récit de voyage en ébranlant ses codes et en déplaçant les sphères du privé et du public, du masculin et du féminin Keywords: Isabel Pesado de Mier, Trip recap. 19th Century, Mourning, Romanticism, Mexico. Abstract: In 1870, the Romantic poet Isabel Pesado travelled with her husband, Antonio de Mier, and with her sister Carmen Pesado to the United States and Europe in order to overcome the pain caused by the death of his only son. Such a long trip has to be considered a kind of therapy whose obje ct was the recovering of her shipwrecking subjectivity. Th us, the travel implied an external and an internal trip; a death and a rebirth; an exploration of the otherness and a questioning of the self-identity. Apuntes de viaje is, over 625 pages, a trip recap, a diary, and an exercise in poetical writing at the same time, and also an attempt to exorcise the pain of a mother. Our purpose is to demonstrate how the mourning transforms the trip recap and refounds its codes and meanings creating an original discourse about the private and the public, the masculine and the feminine. Isa bel Pesado de Mier (Mé x ico 1833 - 1913 Paris) est une aristocrate mexicaine, fem me de lettres et d´infl uence, de sensibilité romantique
279 APUNTES DE VIAJE d’Isabel Pesado de Mier et d´idéologie conservatrice. Fille du poè te Jos é Joaquín Pesado, de convictions politiques et esthétiques conservatrices, elle est élevée dans une fam ille instruite appartenant à l´élite sociale, politique et culturelle, fortement imprégnée de catholicisme, de culture européenne et de langue française. C´e st là, au contact des grandes fi gures du romantisme mexicain (José Bernardo Couto, Manuel Carpio, José Joaquín Pesado et d´autres) que se produit l´é v eil de sa sensibilité poétique ave c une prédilection pour le sonnet et un univers poétique à la fois mystique, mélancolique et langoureux. Lorsqu´en 1867 elle épouse le fondateur de la Banque Nationale de México (Banamex) Antonio de Mier y Celis, e lle est âgée de 34 ans et ass urée d´une certaine légitimité culturelle savamment entretenue au sein des cercles politiques et littéraires de la capitale, en dépit de sa connivence avec le Second Empire. Son nom jalonne alors les anthologies poétiques aussi bien mexicaines qu´étrangères1 où on célèbre sa rigueur formelle et ses sonnets de tradition romantique, chargés de notes plaintives et mélancoliques (González Peña, 1928: 198). Son unique recueil Dichas y penas (1908) ne constitue néanmoins qu´un aspect mineur de son œuvre qui est enr ichie plus volontiers par le récit de voyage Apuntes de viaje de México a Europa. 1870-1871 y 1872, édi té en 1910 à compte d´auteur — tout comme les poèmes d´ailleurs—. Mais c´est surto ut l´importante activité caritative et l´altruisme de la Duchesse de Mier qui s emblent, en fi n de compte, lui avoir assuré une postérité. Frap p ée par le typhu s, la poétesse s´éteint en 1913 à Paris où elle vivait expatriée depuis 1885, après avoir légué 1 Lilia Granillo reconstitue les traces de cette reconnaissance culturelle à partir d´anthologies et de revues de l´époque, cf. Isabel Pesado La mirada en la verdadera patria. Viajes y poemas (prólogo, selección y notas de Lilia Granillo Vázquez), México: Universidad veracruzana, 2007, colección UV rescate
280 Sociocriticism 2014 - Vol. XXIX, 1 y 2 par testament sa fortune et celle de son mari, pour la création de la Fondation Mier y Pesado qui se consacre aujourd´hui encore à des œ uvres d´éducation et d´ aide sociale dans les villes de México et d´Orizaba2. En 1 870, toute entière à son deuil après la disparition de son fi ls unique, elle part en compagnie de son mari Antonio de Mier y Celis et de sa sœur Carmen Pesado, aux Etats-Unis et en Europe dans l´espoir de se refaire une santé. Le dé part hors de la patrie — qui dure trois ans de 1870 à 1872 — dem ande à être pensé comme une démarche thérapeutique qui vise la reconquête de soi et la reconstruction de sa subjectivité naufragée. Compris ainsi, le voya ge signifi e à la fois le naufrage et la renaissance, le déplacement vers l´ailleurs et la traversée intérieure, la découverte de l´autre et le questionnement identitaire. A la fo is récit de voyage, journal intime et écriture poétique, Les Not es sont, au fi l des 625 pages, un regard sur soi et sur le monde dont le but ultime est d´exorc iser la douleur d´une mère. Il no us revient donc de montrer comment l´écrit ure du deuil fonde et transfi gure le récit de voyage en ébranlant ses codes et en déplaçant les sphères du privé et du public, du masculin et du féminin. VOYAG E, DEUIL ET ECRITURE Chercha nt à dépasser le lyrisme élégiaque et la note plaintive du journal intime, Isabel Pesado prend un chemin inusité pour écrire 2 Cf. Manuel Revuelta González, Finanzas y poesía: México y Palencia a través de la Familia Mier y Pesado, discurso de apertura del curso académico 2000-2001 de la (ITTM), 27p. Palencia: Publicaciones de la Institución Tello Téllez de Meneses e-Dialnet.
281 APUNTES DE VIAJE d’Isabel Pesado de Mier le deuil en empruntant au récit de voyage, forme canonique moins contrainte, et qui de plus, fournit un terrain propice à la fois aux descriptions pittoresques et aux épanchements lyriques et intimistes. La voyageuse initie son journal3 à bord du bateau à vapeur La France le 4 avril 1870 lorsqu´elle e ntreprend son pr emier voyage vers les Etats-Unis et l´Europe dans un but thérapeutique, comme une «distraction» à cette maladie qui la conduisit au seuil de la mort. Le journal de voyage est divisé d´un point de vue formel en des sections datées, introduites par l´ancrage géographique — généralement le lieu visité —, le titre d´un sonnet ou d´un récit intercalé, il est de plus rédigé à la première personne et ordonné en fonction de la subjectivité égocentrique4 de la narratrice-voyageuse et des étapes du voyage. Este viaje lo emprendimos para que me repusiese de una grave enfermedad que me condujo á las puertas del sepulcro, hundiéndome en la más negra tristeza. Tomo esta relación desde mi salida de México, acompañada de mi marido Antonio y Carmen mi hermana: al partir el tren á las once y media de la mañana y despedirnos de la familia y amigos que vinieron á dejarnos, las lágrimas velaron mi vista (Pesado, Apuntes: 3). On comprend donc que le journal s´articule selon un principe d´organisation qui relève de cette double contrainte esthétique et générique. D´un côté, il est l´œuvre d´une subjectivité brisée qui 3 Elle le prolongera d´ailleurs jusqu´en février 1910, date de sa publication. 4 Herman Parret, “L´énonciation en tant que déictisation et modélisation” in Langages, Paris, Larousse, n° 67, sept. 1973, p.83-97.
282 Sociocriticism 2014 - Vol. XXIX, 1 y 2 fl otte dans une lente agonie, témoignant de l´impossible travail de deuil et de la diffi culté à se reconstruire; de l´autre, il présen te les impressions d´une voyageuse farouchem ent attachée au catholicisme, à la croi sée du positivisme et du romantisme. Fondé su r la double isotopie de la mélancolie et de la perte, le journal dresse le portrait d´une femme à la santé fragile qui place la traversée vers l´Europesous le signe de la fatalité, mettant en scène les épreu ves physiques que son corps, déjà meurtri et écrasé par la douleur, doit endurer : vomissements, vertiges, insomnies, chaleur torride, tempêtes, autant d’expériences limites qui éprouvent son corps et qui lui imposent alitement et confi nemen t. Outre les pulsio ns d´auto-anéantissement, Isabel Pesado se sent entourée d´ombres et doit lutter contre l´angoisse de la mort, la crainte de l´abandon et le sentiment de culpabilité. Une telle perspective semble d´emblée induire un brouillage des codes du récit de voyage. En eff et, le voyage qui implique bien souvent les notions d´exotisme, de découverte et de rêve, dont la fo nction première est d´instruire et de distraire le lectorat, revêt chez la poétesse-voyageuse une toute autre signifi cation lorsqu´il est ass ocié à la douleur, à l´exil et à ce sentiment d´étrangeté semblable à la mort. Alors qu´e lle s´apprête à embarquer, sans entho usiasme, à bord du bateau à vapeur, Pesado réalise subitement qu´elle et le s siens seront engloutis dans le ventre de l´Atlantique, sans possi bilité de retour dans la mère-patrie. Le paysage marin auquel elle est confrontée lui appara it bientôt comme une sépulture ténébreuse, habitée de fantômes. Lo que se presentó á mi vista, no me parecía un agua azulada, sino un negro crespón, movido por la brisa que soplaba fuertemente. A poca distancia del muelle, inmóvil como un fantasma, anclaba el vapor que iba á ser mi morada durante algunos días: al descubrirlo, una angustia mortal oprimió mi pecho y ahogué mis lágrimas, por no
283 APUNTES DE VIAJE d’Isabel Pesado de Mier apenar á los otros. Temía que aquel mar fuese nuestro sepulcro (Pesado, Apuntes: 3-4). Il sembl e, du reste, que l´écriture du deuil tend à coloniser l´écriture viatique. En eff et, il est à remarquer que le prisme de la mélancolie, dont on peut imputer la cause au deuil, lui fait jeter sur les paysages un regard noir et désenchanté tout en laissant l´imagination s´interposer entre elle et le monde qui lui est donné à voir. Cette impo ssibilité de s’en tenir à la fonction référentielle, cette faculté de défi guration involontaire, qui se retrouvent dans presque toutes ses descriptions, sont sans doute liées à sa maladie et au deuil. Peu de pays ages échappent à la noirceur de son regard et à la reconstruction funeste de son imagination: elle est ai nsi conduite à briser l´image idyllique du coucher de soleil qu´elle trouve «mélancolique», celle de la mer, symbole de l´ailleurs féérique qu´elle décrit comme une « sépulture peuplée de fantômes», ou l´ima ge des fl eurs qu´elle évo que comme une «couronne mortuaire exhalant un parfum de tristesse»; autant de m étaphores qui servent à transfi gurer le réel et qui révèlent une sensibilité aiguisée par l´état dépressif de la poétesse. Dominée pa r les excursu s mélancoliques et les pensées funestes, l´escale cubaine prend l´all ure d´une descente aux enfers lorsque le couple de Mier y Celis se fait montrer les curiosités de la ville par un coch er qui croit alors pertinent de les conduire au cimetière où reposent de nombreux mexicains La poétesse décrit la terreur engendrée par la peur de succomber dans la nécropole, montrant en quoi le délire p aranoïaque qui s´est emparé d´elle, — lui faisant déclarer que l´air et les aliments sont empoisonnés et justifi ant son refus de manger ou de respirer — coïncide ass ez bien avec la mélan colie, ellemême liée au deuil impossible. A cet instant, alors qu´il s´attend à ce que le cimetière soit objectivement décrit, le lecteur se retrouve face à un débordement imaginaire mettant en scène la mort du mari:
284 Sociocriticism 2014 - Vol. XXIX, 1 y 2 Después del almuerzo, quiso Antonio visitar la ciudad; salí por complacerle y para que nada faltase á este fatídico día, ocurriósele al cochero llevarnos al panteón, adonde estaban sepultados varios mexicanos, víctimas del mal reinante. Mil funestas ideas asaltaron mi mente, temiendo que alguno de nosotros quedase para siempre en aquella necrópoli. Tuve un miedo cerval; creía que el aire y los alimentos estaban envenenados, y por consiguiente, no quería ni respirar, ni comer, ambas cosas necesarias á la vida. Para neutralizar tan tristes ideas, nos dirigimos al centro de la ciudad, que es hermosa; hay muchas casas y edifi cios públicos, con buenas fachadas (Pesado, Apuntes: 7). Il faut à présent compter avec l´idée que l´espace se c onstruit sur le mode de la mélancolie et que la com plainte lancinante va ponctuer désormais chacune de ses impressions. Dès lors, la poétesse romantique confond ses s entiments à la nature, ce qui donne lieu à des épanchements lyriques qui valorisent un réel imprégné d´illusion, aboutissant ici ou là, à des situations irréelles teintées de mysticisme. En eff et, il n´est pas étonnant de voir Pesado évoquer dans ce qui serait une expérience mystique des descriptions aux accents lyriques qui ressuscitent le douloureux so uvenir de l´enfant disparu, comme dans cet exemple où la vue époustoufl ante de beauté du soleil couchant à San Juan Redondo5 en Espagne fonde l´image d´une mère inconsolable, tendue vers l a même idée fi xe, scrutant in lassablement le fi rmament en quête de «signes» qui la rapprocheraient de son fi ls: 5 A propos du voyage d´Isabel Pesado et de son mari à la montagne palencienne (Espagne), voir Manuel Revuelta González, Finanzas y poesía: México y Palencia a través de la Familia Mier y Pesado, op-cit.
285 APUNTES DE VIAJE d’Isabel Pesado de Mier ¡Cuántas veces me he detenido á contemplar un cuadro de la naturaleza, dando gracias al Criador! ¡Una tarde se me representó la gloria entre celajes de vivísimos colores! ¡Pocas veces, el fi rmamento lo había visto tan hermoso! El sol ocultaba sus ardientes rayos tiñendo las nubes, que en diferentes formas cruzaban el espacio; iluminaba sus fulgores, un carro de blancura deslumbrante, acompañado de varias nubéculas, á las que mi imaginación, dio la forma de ángeles. En cada una de ellas, creí ver á mi hijo, que cantaba alabanzas al Señor. ¡Allí se trasladó todo mi ser, quise acercarme á él, me faltaban alas; intenté tocarlo y huyó! Después le vi al lado de la Virgen cubriéndose con su maternal manto. ¡Estaba allí tan bien! ¡Le miraba tan hermoso y feliz, que si hubiera podido volverle á la tierra, no lo habría hecho! Aquí no hay más que lágrimas. ¡Goza, vida mía y pide á Dios por tus padres! Después el llanto brotó de mis tristes ojos (Pesado, Apuntes: 77). Particulièrement intéressante est cette démarche qui mène de la contemplation du paysage à l´éclosion de la rêverie. Il importe de reconnaitre que le mysticisme de cette poétesse romantique est capable de transformer les nuages, l´eau, les plantes et les fl eurs en des révélations, voire des visions célestes, dans lesquelles l´image de son fi ls revient comme un leitmotiv. C´est ainsi q ue l´appréhensi on visuelle des eaux cristallines de la rivière du Tage à Lisbonne ne peut se départir d´une douce rêverie qui fait basculer l´espace fl uvial vers un espace intéri orisé, inexorablemen t lié à la patrie perdue et à l´enfant disparu: Muy de m añ ana salí al balcón para disfrutar el fresco y contemplar las aguas del Tajo, que retratando el cielo azul
292 Sociocriticism 2014 - Vol. XXIX, 1 y 2 andalouse du Collier de la colombe d´Ibn Hazm, vivifi ée par Victor Hugo et Zorrilla, le poème exalte la beauté physique sur le mode de ce que les critiques appellent «al iftitan bi sourra», métaphore qui renvoie au «bouleversement que subissent les âmes en contemplant la beauté incarnée dans des formes harmonieuses»8. On se doute qu´une telle posture esthétique constitue un écart à bien des égards. Comment une aristocrate peut –elle destiner à une autre femme un voluptueux poème d´amour si ce n´est dans le cadre d´un récit de voyage et s ous couvert d´une interdiscursivité romantique? 9 Si le thème de l´amour est très présent chez cette romantique«s i encline à la complainte douloureuse»10, il est possible d´avancer qu´elle ait pu lire le L ibro de Buen Amor de Arcipreste de Hita, e t les Orientales de Zorrilla d ont les fi liations avec le collier de la colombe sont largement établies. Dans son poème, elle é voque successivement une série de lieux communs qui colonisent la poésie arabe, parmi lesquelsla passion qui s´empare de l´âme de celui qui aime fi gurant déjà sa perdition, la chevelure noire emprisonnant l´amant et aliénant son jugement, la sensualité d´une bouche large et charnue, 8 Ibn Hazm de Córdoba, El Collar de la paloma, prólogo y álbum de María Jesús Viguera, Madrid, Alianza Editorial, 1997, escrita en 1022. 9 Chateaubriand: Le dernier Abencérage (1826) et Zorrilla: Granada (1851) ont tous deux cultivé le genre mauresque qui met en scène les abencérages. Voir aussi Les Orientales de Victor Hugo : “Grenade eff ace en tout ses rivales; Grenade / Chante plus mollement la molle sérénade;/ Elle peint ses maisons de plus riches couleurs;/ Et l’on dit que les vents suspendent leurs haleines / Quand par un soir d’été Grenade dans ses plaines / Répand ses femmes et ses fl eurs. 10 Carlos González Peña conclue ainsi la rubrique “Nuestros días” de la seconde édition en 1940 de son oeuvre Historia de la Literatura Mexicana. Desde los orígenes hasta nuestros días, editorial cultura y polis (1era ed. 1929) p.222, Cité par Lilia Granillo Vázquez, op-cit, p.13.
293 APUNTES DE VIAJE d’Isabel Pesado de Mier l es dents métaphorisées en perles d´orient, etc. Pour fi nir, les Notes recèlent également quelques nouvelles intercalées qui, comme les poèmes et l es légendes, subvertissent et désarticulent le code viatique. Dans cet espace narratif, Pesado développe un discours sur la féminité pour le moins conservateur, régi par les stéréotypes de l´époque qui naturalisent la diff érence sexuelle; en somme, elle célèbre les archétypes de «la madre abnegada sufrida» et de «l´épouse fi dèle», bonne et obéissante, dévouée et pieuse, à l´image de la Vierge de Guadalupe. La plus signifi cative des nouvelles est sans doute Lesinséparables que Pesado traduit du français à l´attention de ses nièces mexicaines et où i l est question de diff érenciation et de hiérarchisation des sexes, de modèles de féminité et de domesticité plutôt convenus et codifi és11. P lus qu´une relation de voyage, les Notes sont l´itinéraire de la construction symbolique de l´espace identitaire d´une poétesse dont le manque de postérité pose question. Q uarante ans après le voyage, Pesado décide en eff et de publier son oeuvre poétique et viatique, contrainte par l´exil parisien et le devoir de mémoire12. Mais il est diffi cile d´accorder foi à cette déclaration car le choix de la prestigieuse édition des Frères Garnier et la diff usion du livre auprès des bibliothèques nationales étrangères, en l´occurrence espagnole, contreviennent en premier lieu au désir de confi dentialité et de privacité. De fait, comme le rappelle Philippe Antoine 13, ce 11 Pour une analyse plus complète des nouvelles, voir Nara Aráujo, «Verdad, poder y saber: escritura de viajes femenina », Revista Estudios feministas, vol. 16, núm. 3, septiembre-diciembre, 2008, 1009-1029. 12 Esta obra la dedico exclusivamente á mi familia, como cariñoso recuerdo. 13 Philippe Antoine, CECI N’EST PAS UN LIVRE. Le récit de voyage et le refus de la littérature, Paris: Publications de la Sorbonne | Sociétés & Représentations 2006/1 - n° 21, 45 à 58
294 Sociocriticism 2014 - Vol. XXIX, 1 y 2 paradoxe peut se glisser volontiers chez les voyageurs-écrivains14 et n´est donc pas le propre d´une écriture au féminin: Chateaubriand, Nerval, Hugo, et Flaubert ont bien tenté de minimiser la littérarité de leur récit de voyageet Lamartine s´en est longuement défendu dans le prologue à son Voyage en Orient, « Ceci n’est pas un livre, ni un voyage : je n’ai jamais pensé à écrire l’un ou l’autre ». Sans doute ces précautions sont –elles motivées chez Pesado par la distance temporelle qui sépare le voyage de sa mise en discours, mais on peut y voir aussi une volonté d´occultation et de refoulement, tant elle semble esquiver indéfi niment les prises de parole et de position en tant que sujet créateur, multipliant les mises à l´écart de son écriture poétique qu´elle va jusqu´à nommer «malédiction». Pour Pesado, la création demeure une «aff aire privée» et son pouvoir symbolique ne doit pas excéder le champ de l´intime. D´un a utre côté, l´articulation entre l´écriture du deuil et l´écriture du monde, autour des principes de fi ction et de vraisemblance situe les Notes dans une rupture avec la tradition viatique suspecte de s´appuyer sur la bibliothèque au profi t d´une éc riture poétique, libératrice et salvatrice, qui a pu conduire le sujet créateur sur le chemin de sa subjectivité. 14 Dans son prologue à Voyage en Orient Lamartine écrit: « Ceci n’est pas un livre, ni un voyage : je n’ai jamais pensé à écrire l’un ou l’autre. » François-René de Chateaubriand, Voyage en Amérique, op. cit., p. 387. Gustave Flaubert, Voyage aux Pyrénées et en Corse, in Voyages, Paris, rééd. Arléa, 1998, p. 21. George Sand, Voyage en Auvergne, in Georges Lubin (éd.), OEuvres autobiographiques, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », t. II, p. 505. Alphonse de Lamartine, Voyage en Orient, Sarga Moussa (éd.), Paris, rééd. Champion, 2000, p. 43.
295 APUNTES DE VIAJE d’Isabel Pesado de Mier REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES ANTO INE, Philippe (2003), «Une rhétorique de la spontanéité: le cas de la Promenade» in Alain Guyot, Chantal Massol, (eds.), Voyager en France au temps du romantisme. Poétique, esthétique, idéologie, Grenoble: ELLUG, 131-146. ARAUJO , Nara ( 2008), «Verdad, poder y saber: escritura de viajes femenina », Revista Estudios feministas, vol. 16, núm. 3, septiembre-diciembre, 1009-1029. GONZÁLEZ Peña (1928), Historia de la literatura mexicana, México, Porrúa, 1928. MONTALBETTI, Christine (1998), «Entre écriture du monde et réécriture de la bibliothèque. Confl its de la référence et de l´intertextualité dans le récit du voyage du XIXe» in Sophie Linon-Chipon, Véronique Magri-Mourgues, Sarga Moussa (eds.) Miroirs de textes. Récits de voyage et intertextualité, Nice: Publications de la Faculté des lettres, Arts et sciences Humaines, 3-16. PARRET, Herman (1973), “L´énonciation en tant que déictisation et modélisation” in Langages, Paris, Larousse, n° 67, sept., p.83-97. PESADO DE MIER, Isabel (1910), Apuntes de viaje de México a Europa. En los años de 1870-1871 y 1872, Paris, Editions des Frères Garnier, 1910. PESAD O, Isabel (2007), La mirada en la verdadera patria. Viajes y poemas (prólogo, selección y notas de Lilia Granillo Vázquez), México: Universidad veracruzana, 2007, Colección UV rescate. REVUELTA GONZÁLEZ, Manuel (2000), Finanzas y poesía: México y Palencia a través de la Familia Mier y Pesado, discur so de apertura del curso académico 2000-2001 de la (ITTM) , 27 p. Palenc ia: Publicaciones de la Institución Tello Téllez de Meneses e-Dialnet.