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Deux réminiscences des Catilinaires chez saint Jerôme et saint Augustin

Ferreres, Lambert

Abstract

Two reminiscences from the Cicero's speeches against Catiline in the letters of St Jerome and St Augustine.

Full text

Faventia 1711, 1995 119-120 Deux réminiscences des Catilinaires chez saint Jerame et saint Augustin Lambert Ferreres Universitat Autbnoma de Barcelona. Departament de Filologia Clhssica 08193 Bellaterra (Barcelona). Spain Data de recepció: 15/6/1995 Abstract Two reminiscences from the Cicero's speeches against Catiline in the letters of St Jerome and St Augustine. C'est un fait bien connu que le recours B la citation était un procédé trks répandu chez les ecrivains de l'antiquité latine. Aussi est-i1 vrai que, B cet égard, I'école ancienne y a jou6 un r61e trks important. Malgré tous les préjugés, les auteurs chrétiens, spécialement les plus cultes, ne sont pas étrangers B cette tendance. Mais je ne veux pas me rapporter ici B ces citations savantes chez les auteurs chrétiens, B l'aide desquelles on cherche B illustrer, par exemple, une controverse philosophique ou un commentaire exégétiquel; i1 s'agit plut8t de ces réminiscences qui affleurent dans le discours d'une fagon tacite, quelquefois des mots isolés, souvent sans aucune indication sur leur provenance. Si on considére l'énorme influence que l'école a eu dans la formation des élites cultes dans le monde romaine, la présence des lettres payennes m&me chez les auteurs chrétiens doit etre, sans doute, bien plus élargie de ce que on constate dans les indices auctorum des éditions du CSEL ou du CC. Par la suite, j'en poserai deux petits exemples. Dans sa lettre 14, saint Jer6me essaie d'entrainer avec lui au désert son ami Héliodore. Au paragraphe 6, ce sont les périls du monde dont l'auteur prévient son ami, des périls que on compare avec ceux de la mer, m&me calme: magnus hic campus montes habet, intus inclusum est periculum, intus est hostis, facile aliis caremus uitiis; hic hostis intus inclusus est. C'étaient aussi des périls, certes d'un autre genre, desquels Cicéron prévenait le senat avec ces paroles de sa deuxikme Catilinaire 5, 11: 1. A ce sujet i1 faut faire mention de l'excellent étude de M. TESTARD: Saint Augustin et Cicéron, 1-11, &tudes Augustiniennesn, Paris, 1958. 120 Faventia 1711, 1995 Lambert Ferreres domesticum bellum manet, intus insidiae sunt, intus inclusurn periculum est, intus est hostis; cum luxuria nobis, cum amentia, cum scelere certandum est2. La réminiscence est évidente, cependant elle n'a pas été notée par les éditeurs des lettres de Jer8me3. Maintenant, j'en viens h l'epitre 167,7 de saint Augustin, dont le destinataire est le m2me JerGme. I1 s'agit d'une question d'exégbse biblique et, dans ce passage, l'év2que d'Hippone se rapporte h certains vices, lesquels, par une apparence trompeuse, ont l'air de vertus. A la fin, i1 propose un exemple tiri de l'histoire romaine: Catilina, ut de i110 scripserunt qui nosse potuerunt, frigus, sitim, famem ferre poterat eratque patiens inediae, algoris, uigiliae, supra quam cuiquam credibile est. A juste titre les éditeurs4 ont signa16 ici les paroles empruntées du connu portrait de Catilina esquist par Salluste (Catil. 5, 4), mais aucun de ces savants ne s'est pas apersu que le pluriel scripserunt introduisant la citation fait attendre, tout au moins, un témoignage double. De ce mCme Catilina, Cicéron avait dit aussi dans sa troisibme Catilinaire 7, 16: nihil erat quod non ipse obiret occurreret, vigilaret, laboraret; frigus, sitim, famem ferre poterat. 2. On cite le texte d'aprts l'édition de Reis, qTeubnern, Leipzig, 1933. 3. Cf. les éditions de Hilberg, CSEL 54 (1910), p. 52, et de Labourt, <<Les Belles Lettres,,, Paris, 1949, p. 39. 4. Cf. l'édition de Goldbacher, CSEL 44 (1904), p. 594. Cette lettre, transmise aussi dans les Excerpta sancti Augustini d'Eugippius et le corpus Cpistolaire de saint JerBme, avait été éditée déjh par Knoell, CSEL 9,l (1885). et, aprks, par Hilberg et Labourt.