Les Crematogaster du Maroc (Hym., Formicidae). Clé de détermination et commentaires
Abstract
On présente une clé de détermination et des commentaires sur les Crematogaster actuel-lement connus du Maroc: C. sordidula, C. inermis, C. auberti, C. scutellaris, C. aegyptia-cus, C. laestrygon, C. oasium, C. antaris. La majorité de ces entités semblent constituer des superspecies dont les formes marocaines sont détaillées ici.
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Les Crematogaster du Maroc (Hym., Formicidae). Clé de détermination et commentaires Henri Cagniant 29 rue Montvallier, Vieille Toulouse 31320 France [email protected] Manuscrit reçû le mai 2005 Résumé On présente une clé de détermination et des commentaires sur les Crematogaster actuellement connus du Maroc: C. sordidula, C. inermis, C. auberti, C. scutellaris, C. aegyptiacus, C. laestrygon, C. oasium, C. antaris. La majorité de ces entités semblent constituer des superspecies dont les formes marocaines sont détaillées ici. Mots-clé: Fourmis, Crematogaster, superspecies, Maroc. Abstract. Crematogaster of Morocco A determination key and some comments on currently known Crematogaster ants of Morocco are presented. The concerned forms are: C. sordidula, C. inermis, C. auberti, C. scutellaris, C. aegyptiacus, C. laestrygon, C. oasium, C. antaris. The majority of these entities seems to constitute superspecies, the Moroccan forms of which are detailed here. Key words: Ants, Crematogaster, superspecies, Morocco. Resumen Presentamos una clave de determinación y comentarios sobre Crematogaster actualmente conocidos en Marruecos. Las formas implicadas son: C. sordidula, C. inermis, C. auberti, C. scutellaris, C. aegyptiacus, C. laestrygon, C. oasium, C. antaris. La mayoría de estas entidades parece constituir supraspecies, cuyas formas marroquíes son detalladas aquí. Palabras clave: Hormigas, Crematogaster, superspecies, Marruecos. Introduction Le genre Crematogaster est un des plus riches en espèces (environ 430) parmi les Formicides; il n’est dépassé que par Camponotus, Pheidole et Polyrhachis (Bolton, 1995). On le trouve sur tous les continents et grandes îles, principalement en zone tropicale; il constitue des sociétés généralement populeuses, souvent arboOrsis 20, 2005 7-12
ricoles, ou terricoles. Nous étudions ici les formes rencontrées au Maroc (Sahara occidental exclu). Ce travail s’appuie sur celui de F. Santschi (1937) et sur nos récoltes personnelles. Clé de détermination 1 – Taille faible (1.9 - 2.2 mm). Corps brun jaunâtre, hérissé de longues soies, abondantes sur le gastre. En vue de dessus, le pétiole apparaît sub-rectangulaire et le postpétiole est arrondi, sans sillon médian. Massue antennaire de 2 articles (fig. 1) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. sordidula – Taille plus forte (2.3 - 5.0 mm). Soies peu nombreuses ou absentes (sauf au bord postérieur) sur le premier tergite du gastre. Pétiole élargi vers l’avant; postpétiole avec deux proéminences jumelles séparées par un sillon. Massue antennaire de 3 articles (fig. 2) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 2 – Propodeum denté ou épineux (fig. 4 à 9) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 – Propodeum simplement anguleux de profil (fig. 3). Noir en entier, luisant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. inermis 3 – Espèce robuste, atteignant 5 mm de long; tête, tron et pétioles brun-rougeâtre, épines réduites à des simples denticules (fig. 7); corps lisse et luisant, seulement ridé sur le propodeum . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. aegyptiacus – Pas ces caractères réunis; espèces ne dépassant guère 4 mm . . . . . . . . . . 4 4 – Épines nettement plus longues qu’épaisses à leur base (fig. 4, 5) . . . . . . 5 – Epines peu ou pas plus longues qu’épaisses à leur base (fig. 6, 8, 9) . . . . 6 5 – Corps noir ou brun en entier. Epines rélevées au bout ; mesonotum tombant abruptement sur la suture propodeale (fig. 4). Tête luisante, thorax lisse aux epaules . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. auberti – Au moins la tête est rouge, contrastant avec le reste du corps plus foncé. Tête généralement assez lisse, tronc ridé-réticulé. Epines à peine incurvées (fig. 2 et 5) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. scutellaris 6 – Brun noir en entier (les appendices plus clairs). Epines obliques, leur bord supérieur plus ou moins courbé (fig. 6). Tête en partie ridée, avec le front généralement lisse; tronc ridé en long . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. laestrygon – Gastre noir, avant-corps plus clair. Tête luisante, tronc plus ou moins ridé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7 7 – Avant-corps brun rouge; pronotum alutacé, mat. Quelques soies sur le premier tergite du gastre. Epines dans le plan du propodéum, le bord supérieur un peu incurvé (fig. 8) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. oasium – Avant corps brun jaunâtre; pronotum lisse aux épaules, tête luisante. Pas de soies sur le premier tergite du gastre (sauf celles du bord postérieur du segment). Epines un peu plus longues; suture propodéale plus encochée (fig. 9) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . C. antaris 8Orsis 20, 2005 H. Cagniant
Crematogaster du Marroc Orsis 20, 2005 9 Fig. 1. Crematogaster sordidula. Vue dorsale; propodeum, pétioles et gastre; antenne. Fig. 2. Crematogaster scutellaris. Idem. Fig. 3. Crematogaster inermis. Profil du propodeum et des pétioles. Fig. 4. Crematogaster auberti. Fig. 5. Crematogaster scutellaris. Fig. 6. Crematogaster laestrygon. Fig. 7. Crematogaster aegyptiacus. Fig. 8. Crematogaster oasium. Fig. 9. Crematogaster antaris. Echelle: 1 mm.
Commentaires C. sordidula (Nylander, 1848) De la côte aux Atlas, jusqu’à Ifrane. Les populations marocaines peuvent se rassembler dans la sous-espèce marocana Santschi, 1921. Forêts claires, matorrals, steppes; sous les pierres en colonies populeuses. C. inermis Mayr, 1862 Zagora et autres oasis du sud marocain. Sous-espèce nord africaine: lucida Forel, 1890. Dans les arbres (fruitiers, Tamarix). C. auberti Emery, 1869. La forme levithorax Forel, 1902 , de couleur brun jaunâtre clair est lisse et luisante sur le tronc (sud ouest de Algérie; Haut Atlas marocain). La forme regilla Santschi, 1937, plus foncée, un peu ridée sur le meso et le propodeum, se trouve en Algero-Tunisie et dans le nord et le nord ouest du Maroc (Mts de Beni Snassen). La première de ces formes est nettement différente de l’auberti typique de France ; la seconde s’en approche davantage. Surtout en montagne; en lieux humides ou ombragés à basse altitude (Agadir, forêt de la Mâmora, Larache). Forêts claires, clairières, pâturages, jardins. Nids en dômes au pied des plantes dont les racines nourrissent pucerons et cochenilles élevées par ces fourmis. Jusqu’à 2200 m dans les Atlas. C. scutellaris (Olivier, 1791) On peut regrouper les populations d’Afrique du nord dans la sous espèce algirica (Lucas, 1849); la réticulation domine sur le tronc, plus grande (jusqu’à 4.2 mm) que le type de France (lequel a en outre des épines plus courtes et plus droites, les rides dominant la réticulation sur le tronc). Dans les populations de basse et moyenne altitude, en station chaudes, la couleur rouge, assez claire, s’étend sur la tête, le tronc et les pétioles (Mâmora, Larache, basse vallée de l’Ourika) (= var. alii Forel, 1907). En montagne, la tête reste bien rouge mais l’arrière du tronc et les pétioles sont plus ou moins mélanisés; la sculpture s’accentue avec l’altitude et l’humidité (les ouvrières du Rif et du Tazzeka vers 1500 m, ont la tête plus ou moins ridée). Dans les chênaies rélictuelles de l’Anti Atlas (Dj. El Kest, 1800 m), seule la tête est rouge, tronc, pétioles et gastre devenant brun noir. Les oasis comme Zagora abritent la ssp. tenuispina Forel, 1902, avant corps rouge clair, gastre noir; rides sur le dos effacées, mat, épines fines et redressées. Forêts, principalement de Chênes verts ou lièges jusqu’à 2200 m; arbres fruitiers ou ornementaux des oasis et des jardins. Nid dans les branches mortes, débordant parfois en terre au pied de l’arbre. C. aegyptiacus Mayr, 1862 Egypte, Sahara; présente à Beni Abbès dans le sud ouest algérien (Délye, 1968). Niche au pied des Acacias et autres ligneux. Existe peut être dans les oasis du Maroc oriental. 10 Orsis 20, 2005 H. Cagniant
C. laestrygon Emery, 1869 Les formes d’Afrique du nord ont en moyenne les épines plus courtes et sont plus sculptées que la forme nominale de Sicile. En outre, les formes que l’on peut regrouper dans l’entité laestrygon sont trop diversifiées pour ne constituer qu’une seule espèce biologique; nous proposons donc de considérer dès à présent C. laestrygon comme une superspecies regroupant une série de propspecies potentielles. Au Maroc, on rencontre les formes suivantes dont le statut taxonomique reste à préciser: a) dents propodéales réduites à de simples denticules aigus: forme surcoufi Santschi, 1921. Décrite de l’Aurès (Algérie); région de Boulemane (Espadaler, com.person), plateau de Missour, route de Bou Arfâ. b) dents propodéales plus développées (figure 6): – Tête bien striée dans sa longueur, y compris sur le front: forme maura Forel, 1894. Commune en Algérie et Tunisie humides; présente au Maroc nord oriental (Oujda). – Tête lisse sur le front, à peine striée sur les côtés; épines courtes mais dressées: forme atlantis Santschi, 1937. Tout le Maghreb; Atlas marocains, jusqu’à 2200 m dans le Haut Atlas. – Tête lisse sur le front, pronotum presque sans rides; épines plus inclinées en arrière: forme theryi Santschi, 1921. Maroc atlantique (Rabat, Agadir, Settat, jusqu’à Beni Mellal et Marrakech). Ces diverses formes de C. laetrygon nichent sous les pierres, généralement en zones pâturées et plus ou moins dégradées. C. oasium Santschi, 1911 ssp. saharensis Santschi, 1921 un peu plus claire que le type de Tozeur (sud tunisien) qui est noirâtre. Oasis sahariens; non encore formellement signalée du Maroc. Nid dans le sol mais à proximité d’une plante. C. antaris Forel, 1894 Haut et Anti Atlas, Bani, Saghro; sud ouest algérien. Rocailles et regs. Sous les pierres, en nids profonds. (= var. sordida Forel, 1894). Conclusion Dans l’état actuel des connaissance, il n’existe aucune espèce endémique au Maroc et seulement une (C. antaris) pour tout le Maghreb. Les autres formes présentes en Afrique du Nord ont une répartition soit circa-méditerranéenne (scutellaris, laestrygon, auberti, sordidula) soit saharienne au sens large (aegyptiacus, inermis, oasium). Crematogaster du Marroc Orsis 20, 2005 11
Les espèces sont prises ici au sens morphologique; il est possible, que l’étude des sexués mâles ou les techniques moléculaires permettraient de conclure que les “sous-espèces” (races géographiques) ou “formes” retenues dans les commentaires, sont en fait des prospecies distinctes au sein de superspecies à large distribution; c’est probablement le cas de certaines formes de C. laestrygon par exemple. Ce travail n’a que l’ambition de préciser les connaissances actuelles dans le cadre du Maroc. Bibliographie Bolton, B. 1995. A taxonomic and zoogeographical census of the extant ant fauna (Hym. Form.). Journal of Natural History 29: 1037-1056. Délye, G. 1968. Recherches sur l’écologie, la physiologie et l’éthologie des Fourmis du Sahara. Thèse de l’Université d’Aix-Marseille, CNRS AO 1919. 176 pages dactylographiées. Santschi, F. 1937. Contribution à l’étude des Crematogaster paléarctiques. Mémoires de la Société Vaudoise des Sciences Naturelles 38: 295-317. 12 Orsis 20, 2005 H. Cagniant