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Archéologie et Histoire dans la litterature jeunesse en France

Politzer, Michel

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Politzer, Michel

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Archéologie et Histoire dans la litterature jeunesse en France Michel Politzer Vè Seminari Arqueologia i Ensenyament Barcelona, 25-27 de novembre, 2004 Treballs d’Arqueologia 10, 2004 Dans la production éditoriale française du début XXème siècle, l´Histoire et la Préhistoire n’existent que sous la forme de romans plus ou moins adaptés pour la jeunesse avec quelques grands classiques du genre «Ivanhoé», «La Guerre du Feu». On trouve aussi des albums illustrés, grand format, traitant de la vie de personnages célèbres: Charlemagne, Jeanne d’Arc, Louis XIV. Ces livres cohabitent sur la marché avec les héros de Dickens, Cervantès, Jules Verne et Alexandre Dumas. Dans ces ouvrages l’illustration se contente souvent, de saisir un moment historique emblématique pou le figer dans une imagerie à vocation de mythe éternel. A la fin de la guerre dans les anneés cinquante, la Bande Dessinée explose. C’est pratiquement le seul support qui aborde, avec son nouveau langage, des sujets historiques: «Les histoires de l´oncle Paul» dans Spirou et les albums de «Alix» de Jacques Martin reconstituant la vie dans la Rome antique, en sont de bons exemples. C’est dans ce vide éditorial relatif pour la vulgarisation historique, que les choses vont bouger à la fin des anneés soixante. Joël Cuénot, éditeur, Anie Politzer auteur et moimême illustrateur, nous participons à ce mouvement. En effet entre 68 et 72 nous concevons ensemble un ouvrage intitulé: «Les Carnets de Croquis de Robinson Crusoé» qui va inaugurer une façon nouvelle de conduire un récit mêlant harmonieusement l’aventure humane au documentaire. Cet album hors norme s’attache, au-delà du texte de Daniel Defoé, tout en lui restant fidèle, à décrire la vie quotidienne du célèbre naufragé qui, lui-même 87 noircit des pages de croquis et de notes de toutes ses réalisations. Nous faisons fabriquer à cet ingénieux Robinson, homme du XVIIème siècle, tous les objets qu’il peut imaginer pour assurer sa survie, améliorer son confort et apporter un peu de fantaisie à sa solitude. Réinterprêté et enrichi de notes descriptives, le texte est illustré de très nombreuses planches botaniques, de plans, de cartes et de grandes illustrations en noir et blanc dans un style très proche de la gravure. La figure de Robinson Crusoé est pratiquement absente des images; les véritables héros du livre sont ses objets familiers, ses constructions multiples, les paysages de son île. Cet ouvrage sera d’emblée un très grand suceès éditorial, traduit en plusieurs langues et réédité successivement par de grands éditeurs parisiens dont les éditions Gallimard. Une nouvelle édition est sortie chez Coop Breizh en octobre 2004. Le succès de ce livre, un peu austère, sans couleur, qui traite de la vie d’un individu dans une situation historique donnée nous incita alors à développer la collection des «Carnets de Vè SEMINARI D’ARQUEOLOGIA I ENSENYAMENT 88 Croquis». Elle reposera sur la structure narrative originale de Robinson c´est à dire la découverte du «journal» et des «croquis» d’un héros fictif à travers lesquels notre préoccupation sera de présenter au jeune public une quantité d’informations précises sur une période historique resserré dans le temps. Le titre qui inaugure cette série est: «Les Carnets de Croquis de Robin des Bois». L’histoire de ce héros, située en plein XIIème siècle, va être le premier ouvrage de vulgarisation historique pour la jeunesse. Personnage connu des lecteurs, Robin des Bois, que nous faisons venir en France pour reccueillir la rançon du roi Richard Coeur de Lion, nous fait découvrir grâce à ses croquis et aux notes qui les accompagnent, toute la richesse de ce qu´il découvre au cours de son voyage. A travers cette fiction le but est d’explorer avec le jeune lecteur, toute une époque en compagnie de multiples personnages à la découverte du moindre détail d´un pont fortifié, d’une barbacane et d’un chateau-fort. La représentation de ses sujets au moyen de grandes illustrations comportant des coupes, des «éclatés», des croquis techniques accompag- Archéologie et Histoire dans la litterature jeunesse en France nés de notes et de légendes, constitue une première dans l’édition à cette époque. Le texte de façon viavante et humoristique, s´applique à faire découvrir les rapports sociaux, les coutumes, les légendes, la vie quotidienne ces temps lointains. Ce livre paraîtra en 1975. L’année 1976 est vraiment le tournant dans la littérature de vulgarisation historique pour la jeunesse car elle voit les éditions des Deux Coqs d’Or publier la célèbre et superbe «Naissance d’une Cathédrale» de Mac Caulay et les éditions Seghers-Cuénot publier la deuxième titre de notre collection: «Les Carnets de Croquis d’Harald le Viking»1. Mac Caulay va donner au dessin la quasi totalité de l’espace du livre. Le texte qui explique la construction de l’édifice aura la place plus réduite d’un commentaire. Il inaugure ainsi, l’album documentaire. La collection les «Carnets de Croquis» inaugure quant à elle, les albums illustrés de fictions historiques. A la suite de ces livres qui reçoivent un accueil très élogieux de la critique et rencontrent un beau succès public naîtra chez Hachette la collection «La Vie Privée des Hommes». En 1980, Anie Politzer et moi même, créons chez Casterman dans le même esprit que les «Carnets de Croquis» la collection «l’Aventure au Coin de L’Histoire»2. Albin Michel lance en 1990, la collection «Un lieu, des hommes, une histoire» dans laquelle nous publierons «les Sanctuaires des Constructeurs des Mégalithes en Bretagne». On ne compte plus aujourd’hui las albumes documentaires. Plus rares sont les albums de fiction historique. Nous y sommes quant à nous très attachés. Notre démarche comme on l’aura compris, sera toujours d’accompagner le lecteur dans une histoire où si les héros tombe au fond d’une crypte romane, le lecteur tombe avec lui et c’est ensemble qu’ils découvrent des fresques magnifiques dont nous prenons un grand plaisir à faire une description vivante et minutieuse. L’equipe, le choix du sujet, les sources Le groupe de travail que nous formons, mon épouse et moi, auteur et illustrateur, constitué depuis le début de notre 89 production, fonctionne en parfaite réciprocité dans la choix et l’élaboration des sujets de nos livres. Ce sont nos goûts et notre curiosité pour une époque qui nous ont toujours guidés. Ce travail de vulgarisation historique exige une méthode de recherche particulière. Nous utilisons une masse de connaissances accumulées par des chercheurs dont une très grande partie d´entre elles n´est pas destinée au grand public. La conception du déroulement de l’action, sera établie en fonction des documents exploitables et de leur poissible traduction en images en veillant toujours à ne pas établir un «catalogue d´informations». L’intrigue du roman sera induite par les données sociologiques et comportementales de l’époque fournies par les chroniches du temps, les mémoires de quelques lettrés, les compterendus de voyage, autant des documents que les archives tiennent à la disposition des chercheurs. Nous allons ainsi faire vivre par le texte et l’image des personnages avec leurs façons Vè SEMINARI D’ARQUEOLOGIA I ENSENYAMENT 90 d´être, leurs activités, leurs objets familiers. Le roman révèle un environnement social, des paysages et des climats propres à la période historique traitée. Il peut exister des lacunes dans l´information. En effet pour certaines périodes les sources se font rares et quand ou remonte au-delà de la période historique nous entrons dans le domaine des hypothèses. Il faudra donc, que l’auteur et l’illustrateur comblent les vides par des propositions de reconstitutions d´époque acceptables par les scientifiques spécialisés qui accompagnent notre travail. Le choix d’une époque est aussi parfois le fait de l’éditeur comme Albin Michel qui nous proposa en 1990 de réaliser un ouvrage sur les Mégalithes en Bretagne. Le sujet en était, la construction, au néolithique, des grands sites mégalithiques du Morbihan, Locmariaquer, Gavrinis et Carnac. Le thème principal étant défini, les sujets périphériques s’imposaient selon le principe de la collection «Un lieu, des hommes, une histoire»: l’habitat, l’agriculture, les outils, les armes, les climats. Certain sujets: les rites funérai- Archéologie et Histoire dans la litterature jeunesse en France res, la religion, la vie sociale sur lesquels l’archéologie ne donne pas toujours beaucoup d’informations étaient plus sensibles à traiter car nous étions confronté là, en l’absence de certitudes scientifiques à de vieilles théories spéculatives et ésotériques à qui it fallait tordre le cou! Ainsi, encore récemment, pour la réédition du livre «des Mégalithes et des Hommes». lors de nos recherches auprès d’ingénieurs et de géologues au sujet du transport et de l’édification du grand Menhir de Locmariaquer nous avons rencontré une théorie tout à fait sidérante. Je vous rappelle que le monolithe pèse 340 tonnes et mesure 20 mètres de long. Or deux de ces éminents spécialistes nous sont asséné avec l’autorité que leurs titres leurs conféraient que, il y a 6000 ans, les néolithiques du golfe du Morbihan avaient fabriqué ce communtment grâce à un moulage fait d’un conglomerat de particules de granit et d’un ciment inconnu de nous, bien entendu...! Alors que l’orthogneiss du grand Menhir est clairement identifié et les filons de cette roche assez bien situés dans les environs. D’une manière plus serieuse, il existe il est vrai chez les scientifiques des propositions différenttes quant au transport des monolithiques de taille imposante. Mais, quant au colosse de Locmariaquer sa démesure rend très perplexes les spéacialites et cela ouvre en effet le champ à toutes les spéculations. Nous avons dans ce cas précis, après avoir recuilli de trés nombreuses informations techniques, résistance du bois à l’éncresement, jeux de force, frottement, etc... et des tres longues expérimentations mises en images, choisi la solution qui nous paraissait la plus simple et la plus conforme aux connaissances des «ingénieurs» de l’époque. Cela a été pour nous, auteur et et illustrateur le temps de la rencontre avec des archéologues, de la reserche de documents établis par ceux-ci, de la lesture de leurs livres spécialisés, voire de leur thèses. La visite de sites, de chantieres de fouilles et de musées s’est imposé très souvent. Puis vint pour l’auteur le temps de l’écriture de la fiction de qui dut se nourrir de ces informations et les rendre lisibles et accessibles à nous. 91 Dans le cas de lal préhistoire la plupart de ces scénes du passé, par exemple la n¡mise en place d’une grande stèle gravée ou le vue panoramique du village néolithique du Lizo sont pour les archéologues des images rêvées mais quíls s’interdisent de faire apparaître dans leurs rapports de fouilles. Ceux-ci donnent à voir des tours de poteaux, des amas coquilliers, des foyers et des coupes stratigrafiques. Dans ces publications ne sont pas représenté par exemple, ni une grande maison danubienne ni les activités de ses habitants pourtant avérées par les fouilles... les archéologues sont des gens prudents. L’illustrateur et l’auteur doivent donc recréer ces scènes de vulgarisation et les proposer à la validation des chercheurs. Technique et style L’illustrateur de sujets historiques et archéologiques comporte une obligation de lisibilité. Nous sommes ici dans une image qui doit d’abord communiquer un savoire et non dans une image d’expression artistique. Bien entendu, la précision et la fidélité à l’objet représenté sont prépondérantes. Ces objets au sens largue du terme sont au centre de la vie Vè SEMINARI D’ARQUEOLOGIA I ENSENYAMENT 92 des hommes et des civilisations qui les ont créés. L’image de vulgarisation doit premettre aussi au lecteur de s’identifier à ces lointains ancêtres que l’image leur présente. Le dessinateur por créer ses illustrations consulte parfois les représentations graphiques de ses prédécesseurs qui véhiculaient dans les manuels scolaires anciens des clichés tributaires des informations et des interprétations disponibles à leur époque. Il se doit de vérifier le moindre détail à la lumière des dernières découvertes. En plus de son habilité technique à représenter les personnages et les objets, l’illustrateur devra témoigner d´un véritable talent de metteur en scène, avec les ressources dont il dispose, le dessin et la couleur. Dans le domaine archéologique une difficulté rencontrée par l’illustrateur réside dans la représentation des gestes techniques qui doivent être perçus sans ambiguité par le lecteur. Ceci est propre à l’image fixe par rapport à l’image animée; mais la difficulté, ici, est accrue parce qu´il s’agit de faire comprendre des gestes ancestraux inconnus, oubliés ou disparus à des lecteurs qui n´en on past la moindre idée. Archéologie et Histoire dans la litterature jeunesse en France Il arrive que le dessinateur, pour rendre sa démonstration plus évidente, utilise la linéarité du discours des images B.D. ou mieux encore la technique du dessin animé en représentant côte à côte toutes les images du mouvement qui permettent de lire et de comprendre la totalité du geste. L’illustrateur dispose depuis quelques temps du développement de l’achéologie expérimentale. La constitution dans toute l’Europe à côté de célèbres sites préhistoriques ou historiques, de villages, de fortifications, de clôtures, de jardins en conformité parfaite avec les plans des sites d´origine, offre des décors exceptionnels à l’illustrateur d´ouvrage de vulgarisation. Bien souvent sur ces sites on peut y observer des archéologues expérimentaux pratiquer la taille du silex, la fabrication d’une pirogue monoxyle avec une herminette L’illustrateur dispose depuis quelques temps du développement de en dolérite polie, le transport d’un mégalithe sur rouleaux de bois, le tissage et la cuisson de la poterie et l’on peut y faire du feu, comme il y a des milliers d’annés, avec un morceau de bois, de l’amadou et des herbes sèches. L’illustrateur peut observer, photographier, faire des croquis sur le vif qui donneront une précision irremplaçable aux attitudes et aux geste qu’il aura à restituerdans ses images. L’énorme succès que recontrent ces sites avec leurs chantiers d’expérimentations sont un encouragement à poursuivre le travail de vulgarisation historique et archéologique qui permet alors au public et particulièrement au jeune public de voyager dans le temps à la rencontre de ses ancêtres. Il s’agit donc, pour nous auteur et illustrateur, de rendre familière à nos contemporains l’aventure exceptionelle de ce primate éclairé que nous sommes devenu, qui transforme et utilise son environnement depuis des millénaires. Il s’agit de montrer les problèmes qu’il rencontra, comment it les surmonta, le temps qu’il mit pout le faire, les outils qu’il utilisa et la trace qu’il laissa de son passage. L’occasion de montrer aussiles chocs écologiques qu’il fit subir à son territoire. Nous essayons de faire comprendre que cette longue aventure de plus de six millions d’années est fragile et que la 93 connaissance de ce passé devrait nous aider à mieux gérer le présent pour préserver l’avenir. Notes 1. Le troisième titre publié en 1978 sera “Les Carnets de Croquis de Bison Noir”. 2. Titres: “Les Tournois du Chevalier Huon”, “La Colline Creuse”, “Les Mousses de Kernoc´h». Vè SEMINARI D’ARQUEOLOGIA I ENSENYAMENT 94