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La presse archéologique spécialisée : l'exemple d'Archéologia

Crançon, Sophie

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Crançon, Sophie

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Le journalisme archéologique n’est pas un phénomène nouveau et il suffit de consulter les archives des grands quotidiens au moment de la mise au jour de la tombe de Toutankhamon ou du palais de Cnossos, par exemple, pour s’en rendre compte. Grâce à la presse, ces découvertes spectaculaires ont eu un retentissement si fort que les sites en conservent une aura et un prestige que, sans doute, peu d’autres attendront désormais. Car aujourd’hui, l’éducation, la curiosité et la mobilité accrue des citoyens ont rendu plus difficiles de tels «coups» journalistiques. L’exotisme, le mystère, l’inconnu se sont éparpillés sur de nombreux autres terrains et la science même de l’archéologie a évolué. Les méthodes de fouilles, plus précautionneuses que jadis, les programmes de recherches pluridisciplinaires, la prudence La presse archéologique spécialisée: l’exemple d’Archéologia Sophie Crançon et, souvent, la lenteur dans la publication des résultats ont terni l’aura de cette archéologie en technicolor. Pourtant le rêve des mondes disparus bouge encore, la fouille du phare d’Alexandrie par l’équipe du CEA en est l’un des plus récents témoins. L’actualité géopolitique amène aussi parfois de force l’archéologie sur le devant de la scène, lors des pillages des musées de Kaboul ou de Bagdad par exemple, ou bien de l’engloutissement du site turc de Zeugma par les eaux d’un barrage. L’actualité archéologique est par nature aléatoire, elle émane de sources multiples, elle est protéiforme et présente toujours d’autres enjeux que la simple connaissance historique ou patrimoniale. Si en tant que technique, l’archéologie n’interesse guère que les professionnels, son objet et son retentissement, sans oublier sa Vè Seminari Arqueologia i Ensenyament Barcelona, 25-27 de novembre, 2004 Treballs d’Arqueologia 10, 2004 55 part de rêve, lui attirent toujours les faveurs du grand public. Non, le mythe de l’aventurier archéologue n’est pas mort mais il ne faut pas l’alimenter, car c’est un mensonge. Il faut traiter l’information archéologique comme toute autre: des faits, des faits et encore des faits ! L’histoire de la revue Archéologia Les éditions Faton sont une entreprise familiale créée en 1973 et toujours dirigée par son fondateur, M Louis Faton. Depuis cette date elles publient le magazine Archéologia, dont je suis la rédactrice en chef depuis 1997, et sont spécialisées dans les livres et magazines d’art et d’archéologie, ainsi que dans les revues enfantines. Elles comptent, en 2004, 11 titres, plus la Librairie archéologique, spécialisée dans la vente par correspondance de publications archéologiques. Archéologia est une revue française entièrement consacrée à l’actualité de l’archéologie. Créée en 1964, elle est rachetée en 1973 par les éditions Faton. Elle paraît 11 fois par an et est diffusée à 30.000 - 35.000 exemplaires par mois. Vè SEMINARI D’ARQUEOLOGIA I ENSENYAMENT 56 Dès le départ, l’originalité de la revue Archéologia fut de s’adjoindre à la fois un comité scientifique composé de grands noms de l’archéologie nationale et internationale, et de publier des articles signés par les archéologues eux-mêmes. De cette façon, elle devint rapidement un vecteur de reconnaissance à la fois pour les chercheurs entre eux, mais aussi pour les chercheurs vers les lecteurs. En 1973 ont également été créés les Dossiers d’Archéologie qui, eux, traitent d’un seul thème chaque mois, par exemple le mammouth dans la Préhistoire, les premiers hommes de Chine, l’archéologie des cathédrales ou encore les méthodes de datations. Les articles sont également rédigés par les archéologues, avec un vocabulaire plus technique et des approches plus pointues que dans Archéologia. Les deux magazines, Archéologia et les Dossiers d’Archéologie, l’un d’actualité, l’autre thématique, se complètent et participent à la diffusion des connaissances archéologiques vers un public non professionnel. Quelle est la place d’un magazine d’archéologie? Le fait de n’être pas une publication d’Etat donne à la revue une entière liberté sur son contenu. Dès lors, la question se pose du sommaire, qui doit concilier l’interêt scientifique avec des impératifs économiques de vente. La revue Archéologia compte 82 pages et se compose des rubriques suivantes: l’actualité en bref des découvertes et des expositions, 5 ou 6 articles dont la moitié environ concernent des recherches menées en France, un agenda, un calendrier des expositions et des comptesrendus de livres. Pour ce qui concerne les actualités, nous disposons d’un réseau de pigistes qui assistent à divers colloques et transmettent des informations relatives à leur domaine de recherche (la grande majorité sont des étudiants en archéologie). Le choix des actualités est un mélange d’informations spectaculaires, publiées dans des médias généralistes et que nous nous devons d’approfondir, et d’informations plus discrètes qui circulent seulement dans le cercle des archéologues mais dont la portée est susceptible d’interesser des lecteurs non professionnels. Le cœur du magazine, son sommaire, doit en théorie aborder les grandes périodes: Prehistoire, Antiquité, Moyen Age, contenir au moins 2 ou 3 articles sur la France, si possible un sur une découverte récente importante en France ou à l’étranger, et présenter quelques recherches de fond. L’archéologie en France Depuis 1964, Archéologia est un témoin de l’archéologie nationale. Après avoir vu l’émergence de l’archéologie préventive dans les années 1970, son développement anarchique dans les années 80-90, le magazine rend compte aujourd’hui des affres qu’elle traverse. L’archéologie préventive, qui consiste à fouiller un terrain avant qu’il ne soit bâti, représente presque 90% de la surface fouillée en France chaque année. Ainsi, nous avons constaté l’apparition de deux phénomènes. Le premier est dû aux archéologues chargés de ces fouilles. Depuis 2 ans, de profondes réformes dans leur statut et dans le mode de financement du récent Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) ont entrainé un grand mouvement des La presse archéologique spécialisée: l’exemple d’Archéologia 57 archéologues nationaux vers le public. La prise de conscience de la méconnaissance qu’avait le public de leur travail et des déficiences de l’Etat à diffuser le résultat de leurs recherches a motivé de nombreux archéologues à contacter directement la revue pour publier leurs découvertes. S’échappant ainsi des publications spécialisées, ces auteurs nouveaux mettent un point d’honneur à diffuser plus largement leur travail, dans un langage accessible et avec des illustrations généralement de très bonne qualité. L’autre phénomène concerne le nombre croissant de lecteurs qui contactent la revue pour signaler un site archéologique détruit ou en danger, un monument mal entretenu ou encore un patrimoine local menacé ou maltraité. Ces appels au secours sont souvent l’aboutissement de démarches infructueuses menées vers les fonctionnaires de l’Etat chargés du patrimoine, ce qui est plutôt préoccupant. Les articles sur l’archéologie en France sont pour moitié des propositions spontanées et pour moitié des demandes de la rédaction. Vè SEMINARI D’ARQUEOLOGIA I ENSENYAMENT 58 L’archéologie à l’étranger Les articles concernant l’archéologie hors de France émanent dans leur majorité d’archéologues français dirigeant des missions à l’étranger. On peut constater que ces missions sont en réalité de plus en plus internationales et qu’elles s’inscrivent dans des programmes de recherches bien définis. Finalement, il est plus difficile d’obtenir des informations directes sur l’archéologie en Europe que pour des pays beaucoup plus lointains, le Proche Orient et l’Asie notamment. La création d’un organisme européen chargé de faire circuler les connaissances archéologiques entre les différents Etats serait très utile, à la fois pour les chercheurs mais surtout pour sensibiliser le public à notre patrimoine commun. Les grands reportages Nous publions régulièrement de grands reportages, réalisés par des journalistes spécialisés dans le patrimoine, sur des pays méconnus ou sur des problèmes d’actualité brulante. La question de l’Irak, par exemple, est suivie depuis la Guerre du Golfe de 1991. cela fait 4 ans qu’une journaliste libanaise, ancienne stagiaire à la rédaction, se rend régulièrement sur place afin de couvrir l’ensemble des aspects de l’archéologie dans ce pays. La qualité de son travail nous a valu une reconnaissance internationale et de nombreuses citations dans les médias, comme cela avait été le cas lors de la publication, en 2000, d’un reportage complet sur l’état du patrimoine en Afghanistan. Car contrairement aux magazines non spécialisés, nous pouvons consacrer 20 ou 30 pages à un dossier d’actualité, constitué uniquement d’informations de première main. La bonne réputation de la revue ouvre en effet beaucoup de portes et permet de rencontrer facilement les plus hauts responsables. Mais ces avantages ont un prix, qui est celui de la rigueur et de la resistance au sensationnalisme. Quel avenir pour la presse archéologique? Aujourd’hui, de nombreux magazines généralistes publient régulièrement des articles consacrés à l’archéologie, ce qui présente l’inconvénient d’une concurrence certaine mais aussi l’avantage d’attirer l’attention sur ce sujet. Dans ces conditions, la seule position tenable pour un magazine spécialisé est de rechercher des sujets originaux et de les traiter avec soin. La sympathie des archéologues, qui peuvent accorder la primeur de leurs résultats, est essentielle. Il est aussi important de faire connaître la revue auprès d’un public intéréssé, sur des manifestations consacrées à l’archéologie (par exemple le prix Archéologia du film archéologique au festival Icronos de Bordeaux) ou lors de salons du livre. Des collaborations avec des revues étrangères, Archeo en Italie ou Antike Welt en Allemagne, sont aussi envisagées. Nous traversons une période navrante où la notion de patrimoine archéologique allume souvent plus d’étincelles dans les yeux des financiers que dans ceux des responsables culturels. Pourtant la sensibilisation des citoyens à leur patrimoine ancien n’a jamais été aussi importante. C’est dans cette porte encore ouverte que doivent se glisser les magazines spécialisés, afin de valoriser les travaux des archéologues et d’entretenir la passion des lecteurs. La presse archéologique spécialisée: l’exemple d’Archéologia 59